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Marie appelée la Magdaléenne (Marie, Marie-Madeleine)

Marie appelée la Magdaléenne (Marie, Marie-Madeleine)

Site historique consacré à Marie, surnommée "la Magdaléenne" (alias Marie de Magdala, alias Marie-Madeleine)

Jésus et Marie : le baiser

Recommended paper on Academia / Article recommandé sur Academia

English version

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Depuis la parution du Da Vinci Code, l’idée que Marie-Madeleine ait pu avoir été la compagne sexuelle et/ou mystique de Jésus est devenue une évidence pour beaucoup de gens. Sur certains sites, qui la présentent comme un “fait établi”, on nous montre le médaillon ci-dessous, assorti du commentaire suivant : “Marie-Madeleine embrasse Jésus” (ou une formule équivalente).

Jésus et Marie : le baiser

Le lecteur pressé ou déjà convaincu s’en satisfera sans doute mais il en faut davantage pour convaincre un récepteur plus critique. Tout d’abord : pourquoi aucun de ces sites ne mentionne-t-il l’origine du document, sa “source” ? Celle-ci, surtout si le document en question est présenté comme une pièce majeure ou brandi comme une preuve, doit toujours être précisée. En histoire, un document dont on ignore l’origine attire immédiatement la suspicion. Il peut s’agir d’un faux ou d’un document “retouché”. Qu’en est-il en l’occurrence ?

***

Pour commencer, plusieurs détails attirent l’attention :

1) Tout d’abord, la femme est vêtue de bleu. C’est l’une des couleurs généralement attribuées à la mère de Jésus. Dans les représentations tardives, le rouge est plutôt réservé à Marie-Madeleine considérée (à tort) comme une ex-prostituée repentie.

2) De plus, il est clair ici que c’est le personnage féminin qui embrasse Jésus, non l’inverse. Or, dans certains écrits anciens qualifiés de “gnostiques”, c’est toujours Jésus qui prodigue des baisers à “Marie”, non l’inverse. Jésus est toujours actif : il donne. Sur le médaillon, il est passif : il reçoit.

3) Non seulement Jésus est passif mais ses yeux sont fermés. Dans l’iconographie antique et médiévale (et même postérieure), c’est signe qu’il est mort. Cette lecture est renforcée par le fait que, de sa main droite, le personnage féminin semble soutenir la tête de Jésus.

***

De fait, le document n’est pas faux, mais il a fait l’objet de plusieurs manipulations avant d’être mis en ligne pour lui faire dire ce qu’il ne dit pas (ce qui est le propre des manipulations…) : c’est la raison pour laquelle son origine n’est jamais précisée.

1) Il a d’abord été tronqué pour que seules les têtes des deux personnages soient visibles. La vision d’ensemble est ainsi perdue. 

2) La forme arrondie, en “médaillon”, a en outre été retenue pour faire disparaître certains menus détails : en particulier le fait que la tête du personnage féminin était surmontée d’une auréole[1].

3) On lui a enfin fait subir une rotation vers la droite de 45 degrés.

4) Non seulement la source n’est pas mentionnée mais on lui a attribué un nouveau titre de façon à en fausser complètement la lecture.


[1] Marie-Madeleine est certes parfois représentée avec une auréole, symbole de sainteté dans l’Église latine, grecque et orientale. Mais la conjonction d’un baiser (entre une femme et Jésus) et d’une auréole sur une même représentation paraît incongrue. Sauf, évidemment, si le personnage féminin en question est la Mère de Jésus comme c’est le cas ici.

Car voici, de fait, comment il doit être perçu (position initiale) :

Sens correct

***

L’image n’est, en réalité, qu’une petite partie d’une fresque mise au jour lors de la restauration de la chapelle Sant’Andrea di Montiglio Monferrato (Italie). Elle nous montre la mise au tombeau (en l’occurrence : un sarcophage) de Jésus après la descente de Croix. C’est Marie, sa mère, qui, penchée en avant, embrasse son fils défunt. 

 

***

Aux pieds et à la tête : Joseph d’Arimathie et Nicodème. À l’arrière-plan, inclinées vers le corps : plusieurs femmes, dont Marie-Madeleine, vêtue de rouge.

***

 

 

L’image a donc été manipulée. Ce qui est pour le moins étrange, en l’occurrence, c’est que ce soient précisément ceux qui dénoncent un prétendu complot de l’Église (pour cacher de prétendus secrets…) qui aient recours à de tels procédés. Bien sûr, ceux et celles qui ne font que relayer le document tronqué, assorti de son commentaire fallacieux, ne sont pas à l’origine de la supercherie. Ils ou elles n’en sont que les premières victimes. Mais une part de responsabilité leur incombe néanmoins : un document dont la source n’est pas mentionnée et dont l’origine ne peut être contrôlée ne doit pas être relayé sans la moindre réserve…

Thierry Murcia, PhD, 21 mars 2018

(complété le 21 mars 2019)

Centre Paul-Albert Février (TDMAM-UMR 7297 / Aix-Marseille Université-CNRS)

Variations sur le même thème :

Duccio di Buoninsegna (1308-1311), La Descente de Croix

 

Duccio di Buoninsegna (1308-1311), La mise au tombeau

Église du Saint Sépulcre, Jérusalem (vieille ville)

Voir également :

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