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Marie appelée la Magdaléenne (Marie, Marie-Madeleine)

Marie appelée la Magdaléenne (Marie, Marie-Madeleine)

Site historique consacré à Marie, surnommée "la Magdaléenne" (alias Marie de Magdala, alias Marie-Madeleine)

Marie-Madeleine enceinte de Jésus ? (2e volet)

Marie-Madeleine enceinte de Jésus ? (1er volet)

Marie-Madeleine ou Marie l’Égyptienne ?

Marie-Madeleine enceinte de Jésus ? (2e volet)

La Vierge Marie, la femme de l’Apocalypse et la femme adultère 

Depuis quelques années, des images de femmes présentées comme étant des représentations de Marie-Madeleine enceinte se multiplient sur le Net. On affirme, d’une part, que Marie-Madeleine était la compagne sexuelle de Jésus et que le couple aurait eu des enfants. On prétend, d’autre part, que de nombreux artistes du passé en auraient eu connaissance et qu’ils auraient glissé dans leurs œuvres des indices de ce secret jusqu’ici bien gardé. On assure, enfin, qu’il y aurait parmi nous de nombreux descendants de ce couple divin. Ces prétendus descendants se font appeler les “desposynis”[1]. Autour de ce mythe moderne, des groupes néo-gnostiques se sont rapidement construits ou rassemblés prétendant détenir des généalogies fabriquées sur mesure pour étayer leurs prétentions. Ce conte moderne, qui réenchante le monde à sa façon, fait aujourd’hui de plus en plus d’adeptes car, à ce nouveau jeu, tout le monde peut gagner. Du jour au lendemain, sans distinction de classe ni de niveau d’études – et sans effort aucun – le premier venu peut trouver, comme par magie, sa place dans cette généalogie divine : il lui suffit d’y croire. Les cartes sont rebattues et redistribuées. Le sentiment d’être unique, la sensation de faire partie des privilégiés suffit à faire taire tout esprit critique. Pensez-donc ! Découvrir soudainement que l’on compte parmi les descendants de Jésus et de Marie-Madeleine (et, pour le même prix et en passant, des rois mérovingiens !). Pourquoi s’en priverait-on ? La promotion, a priori gratuite, flatte si bien l’égo que l’on voit mal pour quelle raison il faudrait y renoncer !

Malheureusement pour cette fiction moderne qui se nourrit de la défiance de nombreuses personnes pour les églises en place et qui flirte volontiers avec la théorie du complot, les conclusions de mes recherches universitaires menées depuis une quinzaine d’années sur le personnage haut en couleur de la Magdaléenne vont à l’encontre de cette pseudo-gnose en vogue et remise au goût du jour par Dan Brown. En effet, on voit mal comment “Marie surnommée la Magdaléenne” (Μαρία ἡ καλουμένη Μαγδαληνή) aurait pu être la compagne sexuelle de Jésus dans la mesure où elle n’est autre que sa propre mère[2]. Si les conclusions de mes travaux (récemment publiés) ne font pas l’unanimité, il faut du moins tenir compte du fait qu’aucun document ancien n’a jamais présenté la Magdaléenne comme la compagne sexuelle de Jésus. Mais, en tant qu’image de l’église, Marie, la Mère de Jésus, a effectivement (et est toujours) considérée comme la compagne mystique, spirituelle, de son divin Fils. Et c’est, somme toute – n’en déplaise à Dan Brown – ce que l’évangile selon Philippe ne fait que confirmer…


[1] On appelait Desposynes, dans l’église des tout premiers siècles, les membres de la famille de Jésus, ses “frères”, cousins et leurs descendants : Jacques, Jude, Simon…

[2] Ainsi que de nombreux documents anciens – à commencer par les évangiles – l’attestent. En araméen palestinien, la langue parlée du temps de Jésus en terre d’Israël, Miriam Megaddela – מרים מגדלא – signifie Marie “la Magnifiée”, “l’Exaltée”.

1. Images présentées arbitrairement comme étant des représentations de Marie-Madeleine enceinte

Ce sont les plus nombreuses. Une image médiévale (voire plus récente) montrant une femme enceinte est présentée arbitrairement comme étant celle de Marie-Madeleine. Le plus souvent, l’image est tronquée et non sourcée. En voici un exemple, assortie de ses commentaires :

  • “Madeleine avant l’adieu”.
  • “Marie-Madeleine, représentation moyenâgeuse [sic] où l’on voit clairement le ventre rond de la Madeleine”.

 

Voici à présent l’image complète, le nom de l’auteur et son titre :

Le Christ quittant sa mère, Cornelis Engebrechtsz (c. 1515-1520)

2. Confusions avec d’autres figures bibliques ou hagiographiques[1]

Il arrive, sur certaines représentations, que Marie-Madeleine soit confondue avec la Vierge Marie qui est parfois représentée enceinte. Sur cette fresque intitulée Vierge du Magnificat, œuvre de Battista da Vicenza (fin XIVe-début XVe siècle), on peut voir la Vierge Marie, enceinte, qui tient la Bible sur sa matrice. Ce sont ces mêmes Écritures qui annoncent prophétiquement la naissance du fruit de ses entrailles : Jésus. Ici, en retournant l’image et en zoomant sur le texte, on peut voir qu’il s’agit bien du Magnificat : Magnificat anima mea Dominum et exsultavit… (Luc 1, 46-47).


[1] Voir, dans notre 1er volet, un cas de confusion entre Marie-Madeleine et Marie l’égyptienne, une ex-prostituée repentante.

Vierge du Magnificat, Battista da Vicenza (c. 1400)

 

Une autre figure biblique, “la femme de l’Apocalypse”, est également parfois source de confusion. Cette figure symbolique, souvent assimilée à Marie, est, en effet, elle aussi représentée enceinte :

“Un grand signe parut dans le ciel : une femme enveloppée du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête. Elle était enceinte, et elle criait, étant en travail et dans les douleurs de l’enfantement.” (Apocalypse 12, 1-2).

Si sur cette statue en bois polychrome doré du XVIIe siècle la couronne de douze étoiles est absente, d’autres indices permettent de reconnaître la jeune femme :

  • Elle est enceinte.
  • Elle est vêtue d’or (“drapée du soleil”).
  • Ses pieds sont posés sur un croissant de lune.

Femme de l’Apocalypse, Église Saint-Julien et Sainte-Basilisse, Cucugnan (XVIIe siècle)

Marie-Madeleine a parfois été confondue avec la femme adultère dont il est question en Jean, chapitre VIII :

Jésus se rendit à la montagne des oliviers. Mais, dès le matin, il alla de nouveau dans le temple, et tout le peuple vint à lui. S’étant assis, il les enseignait. Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère ; et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus : Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes : toi donc, que dis-tu ? Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, s'étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre. Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu'aux derniers ; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu. Alors s’étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit : Femme, où sont ceux qui t’accusaient ? Personne ne t’a-t-il condamnée ? Elle répondit : Non, Seigneur. Et Jésus lui dit : Je ne te condamne pas non plus : va, et ne pèche plus. (Jean 8, 1-11)

De par la nature sexuelle de son péché, cette femme anonyme a souvent été représentée enceinte. Elle affiche ainsi de façon bien visible dans son corps la nature et la conséquence de sa faute. 

Jésus et la femme adultère, Cranach l’Ancien (1535-1540)

Jésus et la femme adultère, Lucas Cranach l’Ancien (1535-1540)

Jésus et la femme adultère, Cranach le Jeune (c. 1545)

Jésus et la femme adultère, Lucas Cranach le Jeune (1549)

Jésus et la femme adultère, Frans Francken le Jeune (1581-1642)

Thierry Murcia, PhD,

Avril 2020

Centre Paul-Albert Février (TDMAM-UMR 7297 / Aix-Marseille Université – CNRS)

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Marie-Madeleine enceinte de Jésus ? (3e volet)

Gravide ou opulente ?

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