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Marie appelée la Magdaléenne (Marie, Marie-Madeleine)

Marie appelée la Magdaléenne (Marie, Marie-Madeleine)

Site historique consacré à Marie, surnommée "la Magdaléenne" (alias Marie de Magdala, alias Marie-Madeleine)

Ni Jean, ni Marie-Madeleine

 

Ni Jean, ni Marie-Madeleine

 

English version

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Qui sont les personnages représentés sur cette image ?

 

Bien sûr, tout le monde aura reconnu le personnage de droite :  il s’agit de Jésus. Mais qui est celui de gauche ? Certains penseront reconnaître Jean, le disciple bien-aimé, souvent représenté ainsi lors de la Cène :

Un de ses disciples, celui que Jésus aimait, se trouvait à table tout contre Jésus. Simon-Pierre lui fait signe et lui dit : “Demande quel est celui dont il parle.” Celui-ci, se penchant alors vers la poitrine de Jésus, lui dit : “Seigneur, qui est-ce ?” (Jean 13 : 23-25).

Dans le sillage du Da Vinci Code, d’autres prétendront que ce fameux disciple bien-aimé n’est pas Jean mais qu’il s’agit en réalité de Marie-Madeleine, censée, selon eux, être l’épouse ou la compagne de Jésus. Alors, qu’en est-il réellement ?

***

Tout d’abord, il est clair que l’auteur de cette image s’est effectivement inspiré de l’épisode de la Cène tel qu’il est relaté dans l’Évangile de Jean. Le disciple bien-aimé y est représenté dans une posture similaire, appuyé sur la poitrine de Jésus et sous les traits d’un jeune homme efféminé, voire asexué.

 

 

Vitrail de l’Église du Saint Sacrement (fondée en 1902, Albany, New York)

Un détail, sur notre image, attire toutefois l’attention. Contrairement à Jésus, à Jean et autres saints, notre jeune personnage ne porte pas d’auréole.

 

En bonne méthode, la première question qui doit se poser est de savoir d’où provient cette image et, éventuellement, qui en est l’auteur. Ceux qui la diffusent sur Internet la présentent pour leur part comme illustrant la relation étroite unissant Marie-Madeleine et Jésus : une union non seulement mystique mais sexuelle selon eux, dont des enfants seraient issus et dont eux-mêmes – les prétendus “desposynis” – seraient les descendants… De fait, le personnage pourrait être une jeune femme et l’on remarque, en outre, l’insolite présence de roses à l’arrière-plan, une fleur que certains associent à Marie-Madeleine. Le personnage paraît toutefois très jeune et, comme nous l’avons dit, il ne porte pas d’auréole.

Un problème se pose, en outre, quant à l’origine exacte de cette représentation qui, au moment où j’écris ces lignes, n’est pas traçable sur le Net. Pourquoi ? La raison en est que l’image a été retouchée et sa signification d’origine, détournée. Au dernier stade (stade 3), l’image a été inversée et les couleurs adoucies. Mais la voici à présent, telle qu’on peut encore la trouver au stade antérieur sur de nombreux autres pages et sites internet dans la mouvance du Da Vinci Code (stade 2).

 

Cela ne change apparemment pas grand-chose. Pourtant, ainsi positionnée, il est désormais possible, en effectuant des recherches via google images, d’en connaître l’origine (stade 1).

Voici donc l’image originale. Elle date des années 1929-1935. Il s’agit d’un dessin d’origine italienne illustrant une “attestation” de première communion (autrement dit, pour le fidèle, la première eucharistie ou premier partage du pain = l’hostie), d’où la référence à la Cène et la présence du calice. Le personnage de gauche (à présent à droite), lui, n’est ni un saint, ni une sainte, d’où l’absence d’auréole. S’il occupe effectivement la place de Jean (le plus jeune des disciples, d’après la tradition), il représente en l’occurrence, le jeune garçon ou la jeune fille, encore dans l’innocence de l’enfance, qui vient de faire sa première communion.

Souvenir de première communion (Italie)

L’image, décontextualisée, a donc été manipulée pour servir un message qui lui était étranger. Recadrée, inversée et sortie de son contexte religieux catholique, elle a été détournée pour lui faire dire autre chose que ce pour quoi elle avait initialement été réalisée.

Ci-dessous, d’autres images souvenirs de première communion (également italiennes) datant de la même époque (première moitié du 20e siècle).

 

 

 

 

Mais qu’en est-il, dès lors, de ce magnifique médaillon également présenté sur certaines pages Internet comme étant une représentation du couple Jésus / Marie-Madeleine (et proposé à la vente comme telle sur un site en ligne…) ? Les seules informations dont nous disposons à son sujet est qu’il s’agit d’un médaillon en argent réalisé entre les années 1880 et 1930.

 

La question qui devrait pourtant se poser prioritairement est comment un orfèvre (inconnu, mais probablement italien) de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle aurait-il pu représenter Jésus et Marie-Madeleine en couple alors que :

  • Point 1 : Cette idée de couple Jésus / Marie-Madeleine – popularisée par Dan Brown (Da Vinci Code, 2003) – est un phénomène très récent qui remonte tout au plus à quelques dizaines d’années[1].
  • Point 2 : L’image s’inspire très clairement de l’épisode évangélique de la Cène (reproduit depuis des centaines d’années par des centaines d’artistes), un épisode dont Jésus et Jean sont connus, depuis deux millénaires, pour être les deux principaux protagonistes.
  • Point 3 : Il s’agit d’un médaillon appartenant à l’art religieux et issu d’un atelier dont la production était destinée à une clientèle prisant ce genre d’objet, autrement dit à un public catholique, pieux et ignorant du point 1[2] mais partageant le point 2
 

[1] Ce qui reviendrait, pour ainsi dire, à affirmer que des pièces portant l’inscription “avant Jésus-Christ” auraient été frappées des dizaines d’années, voire des siècles avant la naissance de Jésus…

[2] Par la force des choses. Il faudrait avoir une imagination hors du temps et à toute épreuve pour se persuader qu’un catholique fervent des années 1900 ait pu avoir été convaincu que Jésus et Marie-Madeleine étaient en couple, qu’ils aient eu des relations sexuelles et une descendance… À ce point convaincu, par surcroît, qu’il se serait fait faire une médaille pour illustrer la scène (!)  

La réponse est simple. Force est de constater que le motif est identique et que les attitudes des personnages sont les mêmes que dans les images que nous avons examinées précédemment.

 

Et ce motif est identique à celui qu’on retrouve sur les médailles souvenirs de première communion, également d’origine italiennes et datant de la même époque.

 

 

 

1900

 

N’est-il pas pour le moins paradoxal que ce soient précisément ceux qui dénoncent un prétendu complot de l’Église (pour cacher de prétendus secrets…) qui, par ignorance ou à dessein, aient recours à de tels procédés, en l’occurrence, le détournement d’images, voire la falsification ?

Image pieuse de même inspiration

Certes, ceux et celles qui ne font que relayer le document décontextualisé, détourné, voire tronqué, et assorti de son commentaire fallacieux, ne sont pas à l’origine de la supercherie. Ils ou elles n’en sont que les premières victimes. Mais une part de responsabilité leur incombe néanmoins : un document dont la source n’est pas mentionnée et dont l’origine ne peut être contrôlée ne doit pas être relayé sans la moindre réserve…

Thierry Murcia, PhD, septembre 2020

Centre Paul-Albert Février (TDMAM-UMR 7297 / Aix-Marseille Université-CNRS)

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