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Marie appelée la Magdaléenne (Marie, Marie-Madeleine)

Site historique consacré à Marie, surnommée "la Magdaléenne" (alias Marie de Magdala, alias Marie-Madeleine)

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L'Evangile de la femme de Jésus : un faux manifeste

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XXXI

Le Pseudo-Évangile de la Femme de Jésus

Extrait de : Thierry Murcia, Marie-Madeleine : l’insoupçonnable vérité ou Pourquoi Marie-Madeleine ne peut pas avoir été la femme de Jésus, Propos recueillis par Nicolas Koberich[1], La Vie des Classiques (éditions les Belles Lettres), 2017, p. 81-83.

Le Pseudo-Évangile de la Femme de Jésus

 

-          Et que pouvez-vous nous dire sur ce fragment de papyrus récemment publié que l’on a surnommé « l’Évangile de la femme de Jésus » et dans lequel Jésus s’adresse à Marie en l’appelant « sa femme » ?

-          Le prétendu Gospel of Jesus’s Wife ? Rien de plus que ce qu’on sait déjà. Christian Askeland, de l’Indiana Wesleyan University, a définitivement démontré qu’il s’agissait d’un faux.

-          Et vous vous en doutiez ?

-          Pas vous ? N’en déplaise à Karen Leigh King, l’éditrice de ce texte, il en présentait déjà de façon manifeste toutes les caractéristiques, dont l’absence totale de traçabilité. Et il paraissait évident que son contenu n’avait été rédigé que pour satisfaire aux préoccupations du public actuel. Comme par hasard, la seule véritable nouveauté de ce pseudo-document était les fameux mots : « la femme de Jésus » !

-          Quand fait-il son apparition ?

-          En 1982. Et ça n’a rien d’une coïncidence ! C’est l’année précise de la parution d’un essai à succès dont l’auteur du Da Vinci Code s’est lui-même inspiré : The Holy Blood and the Holy Grail, un ouvrage traduit en français l’année suivante sous le titre L’Énigme sacrée et qui présente Marie-Madeleine comme la compagne de Jésus.

-          Et comment le faussaire a-t-il procédé ?

-          C’est relativement simple. Il s’est d’abord procuré un vieux morceau de papyrus : on en trouve sur les marchés d’antiquités. Il l’a ensuite découpé et réduit aux dimensions d’une carte de crédit.

-          Je vois : plus le support est réduit, plus le texte est court et plus il est difficile de démasquer la fraude.

-          Effectivement mais pas seulement : ce découpage avait été habilement réalisé. Il s’agissait également, pour le faussaire, d’empêcher une lecture suivie du texte.

-          Et pour l’encre ?

-          Contrairement au support elle est récente. Le faussaire l’a confectionnée lui-même avec de la suie. Mais, bien sûr, la quantité utilisée est trop faible pour permettre une analyse au carbone 14 : la seule qui aurait pu permettre de dater le texte avec précision. 

-          Mais alors comment notre homme a-t-il été confondu ?

-          Grâce au texte lui-même. Il lui fallait un modèle et c’est ce qui l’a trahi. Il s’est servi de photographies de manuscrits coptes authentiques publiées à son époque (et téléchargeables aujourd’hui en format PDF) : Askeland les a identifiées avec précision. En définitive, toutes ces précautions auront été vaines. Comme l’a dit, ou l’aurait dit, Abraham Lincoln : « On peut tromper peu de monde pendant longtemps et beaucoup de monde pendant peu de temps, mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps ».

 

[1] Docteur ès Lettres et écrivain.

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Le prétendu « Évangile de la femme de Jésus » : un faux manifeste

Avertissement au lecteur : cet article, demeuré inédit, était originellement annexé à la première version (2015) de Marie appelée la Magdaléenne – ier – viiie siècle – Entre Traditions et Histoire (publié aux Presses Universitaires de Provence en 2017). Les notes 20 et 21 renvoient à cet ouvrage.

« Jésus leur dit : – ma femme… »

 

Le mardi 18 septembre 2012, lors du Congrès international d’études coptes qui se tenait à Rome, une chercheuse américaine, Karen L. King, professeur à la Harvard Divinity School (Cambridge), fait une étonnante révélation. Elle aurait en sa possession un fragment de manuscrit sur papyrus rédigé en copte sahidique d’un évangile encore inconnu. Jésus y parle de « Marie » (Marie-Madeleine pour les critiques), qu’il appelle sa « femme » et qu’il juge « digne d’être [s]on disciple ». Le papyrus, de la taille et de la forme d’une carte de crédit (4 centimètres sur 8), ne contient (au « recto ») que huit lignes de texte écrites à l’encre noire[1]. Il daterait du ive siècle mais serait, selon King, la transcription d’un manuscrit encore plus ancien qui remonterait au iie siècle. Les premiers résultats d’analyse du document, dont la traduction suit, viennent[2] d’être publiés[3] :

 

« … Pas [pour] moi. Ma mère m’a donné la vie…

… Les disciples dirent à Jésus…

… nier. Mariam est digne de cela[4]…

… Jésus leur dit : – Ma femme et…

… Elle sera digne d’être mon disciple et…

… Laissez le méchant s’enfler…

… Quant à moi, j’habite avec elle afin de…

… une image…  »[5]

 

Karen L. King précise que le sens du mot copte ici traduit par « Ma femme » est sans équivoque :

 

« Le mot ne peut avoir que cette seule signification. Étant donné que Jésus est le locuteur, l’article possessif indique qu’il parle de sa femme. »[6]

 

Quoiqu’elle ne puisse l’affirmer, King reste toutefois intimement convaincue que le document est authentique. Mais elle précise malicieusement que le nom qu’elle lui a attribué, The Gospel of Jesus’s Wife, a été choisi uniquement dans le but d’en faciliter le référencement[7]. Selon elle, l’épouse dont il est question serait Marie de Magdala :

 

« La femme de Jésus se rapporte probablement à Marie-Madeleine. »[8]

 

Cette ferme conviction l’amène alors à réinterpréter dans un sens plus charnel les fameux passages de l’Évangile selon Philippe et de l’Évangile de Marie où il est question des baisers de Jésus à Marie et où celle-ci est appelée « sa compagne »[9]. Et King en vient alors à considérer qu’une tradition faisant de Marie de Magdala l’épouse de Jésus a bel et bien circulé dans les premiers siècles de l’Église[10]…

 

Pourtant, ce document, qui relance la question du « mariage de Jésus », a été – à juste titre – accueilli avec scepticisme par plusieurs spécialistes. Celui-ci, en effet, présente toutes les caractéristiques du « faux » manifeste :

 

–        Absence totale de « traçabilité » : on ignore la provenance du fragment et donc, son contexte de production, ce qui rend difficile son authentification. King n’est parvenue qu’à retracer l’histoire récente du document. Et elle n’a pu remonter plus haut qu’à l’année 1982 qui serait celle de l’apparition du papyrus[11]. Nous sommes certes bien en deçà de l’année 2003 qui a vu la publication du Da Vinci Code. Mais 1982 correspond aussi à l’année de la publication de l’essai dont Dan Brown s’est lui-même inspiré et qui a connu un certain succès lors de sa sortie, The Holy Blood and the Holy Grail, traduit en français l’année suivante sous le titre : L’Énigme sacrée[12].

–        Le document est de dimension trop réduite pour qu’une analyse de l’encre au carbone 14 puisse être envisagée. Mais une analyse de sa composition chimique par des méthodes non destructives est toutefois prévue : elle permettrait uniquement de dire si cette encre correspond effectivement à celles alors en usage dans l’Antiquité[13]. Une datation du fragment lui-même au carbone 14 est en revanche possible mais elle ne serait d’aucune utilité : l’éventuel faussaire aura très bien pu utiliser un support vierge « d’époque », attaqué par vers et moisissures, et que l’on trouve sur les marchés d’Antiquité[14]. 

–        Le morceau présente presque la forme d’un rectangle parfait et le découpage est trop net pour être accidentel. Ajoutées à la précédente, ces deux caractéristiques avaient même fait penser, au départ, qu’il pouvait s’être agi d’une amulette[15]. King, elle-même convaincue de son authenticité, se demande carrément si l’état du document ne serait pas plutôt directement lié à son contenu hétérodoxe. Il aurait été mis au rebut[16]. L’explication n’est guère convaincante. Le cas échéant, pourquoi n’aurait-il pas plutôt tout simplement été détruit ?

–        Ce découpage « dans le vif » – aucune marge n’est visible – est réalisé de telle façon qu’il ne permet pas une lecture suivie du texte ce qui complique considérablement l’analyse grammaticale et syntaxique.

–        Surtout, le contenu semble précisément avoir été rédigé pour satisfaire aux préoccupations du public actuel. Et, ainsi que King le reconnaît d’ailleurs bien volontiers, il s’agit là, en fait, de l’unique texte ancien existant qui présente explicitement Jésus comme un homme marié[17].

 

Avant même la publication de l’article de Karen L. King, Francis Watson, un autre chercheur (Durham University), avait déjà clairement établi qu’il s’agissait d’un faux composé récemment à partir de morceaux de phrases – plus spécialement les logia 30, 45, 101 et 114 – empruntés au texte copte de l’Évangile de Thomas : à une édition moderne, qui plus est (!)[18]. Le relevé de Watson est précis, sa démonstration convaincante : son étude est disponible online[19]. Et voilà, concernant la forme.

 

Quant au fond, l’imposture est encore plus manifeste à présent que mes propres investigations montrent, de façon suffisamment étayée, qu’il n’a jamais existé dans l’église ancienne, et encore moins dans les milieux gnostiques, aucune tradition faisant de Marie de Magdala l’épouse de Jésus. Et pour cause… Faut-il dès lors s’attendre, après la diffusion de cette enquête, qui établit formellement que Marie dite de Magdala – qui n’avait rien d’une femme de mauvaise vie – était la propre mère de Jésus (et que Jésus d’ailleurs, était lui-même célibataire…), à ce que les faussaires, toujours à la pointe, tiennent désormais compte, dans ce passionnant dossier, des derniers résultats de la recherche ? On pourrait presque l’espérer !...

 

Nous nous leurrons complètement qui croyons, ou voulons croire, en Histoire comme en d’autres domaines, que tout (ou pratiquement) a déjà été vu, pesé, analysé et que ce qui reste à découvrir ne concerne alors plus que des points de détail. Rien n’est plus faux. Mais, aujourd’hui, dans le monde d’illusion, de superficialité et d’éphémère dans lequel nous vivons, n’a de valeur que ce qui se vend ou qui fait vendre. Aussi, les hypothèses en tout genre vont-elles bon train, tandis que le vrai labeur n’est guère récompensé. Et l’on peut déplorer cette attitude – ô combien humaine ! et si répandue encore, y compris dans le monde savant – qui fait que l’on préfèrera toujours courir après un hypothétique « document nouveau », qu’il soit vrai ou faux, plutôt que de retourner, à des fins d’analyse, l’abondante documentation déjà existante pour y trouver de vrais trésors. Et il n’est pas non plus nécessaire d’enflammer l’imagination avec de supposés documents cachés ou des bibliothèques prétendument interdites d’accès ou encore inviolées. Les documents sont là, à portée de main et… d’analyse. Pour peu, évidemment, qu’on veuille s’en donner la peine. Les cas d’Épiphane de Salamine (c. 315-403) et de Théodoret de Cyr (c. 393-c. 460) – et de tant d’autres témoins laissés jusqu’ici pour compte – sont significatifs à cet égard. Qui s’est jusqu’à présent réellement soucié, en effet – mais combien étaient-ils alors à le savoir ? – que l’un et l’autre aient écrit, au sujet de Marie de Magdala :

 

« Le Seigneur l’a ordonné dans l’Évangile […] en disant à sa mère : “Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père”. » (Épiphane)[20]

 

« Pourquoi le Seigneur dit-il à sa mère Marie : Ne me touche pas ? » (Théodoret)[21]

 

Mais ce ne sont là que deux témoins textuels, parmi des dizaines d’autres. Et il faut bien voir que ces précieux manuscrits, maintes fois recopiés, n’ont pas seulement eu la chance de parvenir jusqu’à nous : c’est leur contenu même qui a pu, de surcroît, échapper au calame trop zélé de certains correcteurs[22]… 

Thierry Murcia, 2015


[1] Le verso ne comporte, lui, que six lignes pratiquement illisibles dont il ne subsiste que quelques fragments de mots, parmi lesquels : « ma mè[re] ».

[2] Le présent article date de 2015.

[3] K. L. King, « “Jesus said to them, ‘My wife…’”, A New Coptic Gospel Papyrus », Harvard Theological Review 106, 1 (2013), p. 1-52 (PDF, accessible online).

[4] Ou, au contraire : « Mariam n’est [pas] digne de cela ».

[5] K. L. King, op. cit., p. 15 (la pagination suit ici celle du PDF accessible online).

[6] K. L. King, op. cit., p. 18.

[7] K. L. King, op. cit., p. 21.

[8] K. L. King, op. cit., p. 46. Cf. p. 32.

[9] K. L. King, op. cit., p. 33-45.

[10] K. L. King, op. cit., p. 47, 50 : « The Gospel of Jesus’s Wife makes it possible to speak with certainty of the existence of a tradition affirming that Jesus was married (probably to Mary Magdalene), and it is highly probable that this tradition dates to the second half of the second century […] The Gospel of Jesus’s Wife now lets us see that, probably already in the second century, other Christians held that Jesus was married. »

[11] K. L. King, op. cit., p. 2-3.

[12] M. Baigent – R. Leigh – H. Lincoln, L’Énigme sacrée, Paris, 1983 (The Holy Blood and the Holy Grail, Londres, 1982).

[13] K. L. King, op. cit., p. 12.

[14] K. L. King, op. cit., p. 11.

[15] Mais on a également émis l’hypothèse que le folio d’origine avait pu être ainsi découpé en plusieurs bandes dans l’idée d’en tirer un meilleur prix : voir K. L. King, op. cit., p. 10.

[16] K. L. King, op. cit., p. 51 : « Might GosJesWife’s explicit reference to the marital status of Jesus have been thrown onto a garbage heap, not (only?) because the papyrus itself was worn or damaged, but because the ideas it contained flowed so strongly against the ascetic currents of the tides in which Christian practices and understandings of marriage and sexual intercourse were surging? Perhaps. We will probably never know for sure. »

[17] K. L. King, op. cit., p. 1 : « This is the only extant ancient text which explicitly portrays Jesus as referring to a wife » et p. 33 : « No extant early Christian writing other than GosJesWife unequivocally represents Jesus as married ». Cf. p. 45.

[18] L’Évangile de Thomas a été découvert à Nag Hammadi, en Haute-Égypte, dans les années 1945-1946. Le texte copte a été publié en 1959.

[19] http://markgoodacre.org/Watson.pdf

[20] Voir le sixième Excursus : « Épiphane témoin de la tradition diatessarique », à la fin du chapitre XII.

[21] Voir chapitre VI, p. 77-78.

[22] Et l’on doit peut-être alors se féliciter qu’en dehors des textes rédigés en latin, la plupart des scribes – au Moyen âge, en Occident – ne comprenaient rien, ou presque, au contenu des manuscrits dont ils effectuaient des copies…

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