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Marie appelée la Magdaléenne (Marie, Marie-Madeleine)

Site historique consacré à Marie, surnommée "la Magdaléenne" (alias Marie de Magdala, alias Marie-Madeleine)

L'identité de la pécheresse anonyme

Recommended Book on Academia / Livre recommandé sur Academia

Greg Olsen, La pécheresse anonyme

 

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V

Marie de Magdala, Marie de Béthanie et la pécheresse anonyme

 

Extrait de : Thierry Murcia, Marie-Madeleine : l’insoupçonnable vérité ou Pourquoi Marie-Madeleine ne peut pas avoir été la femme de Jésus, Propos recueillis par Nicolas Koberich[1], La Vie des Classiques (éditions les Belles Lettres), 2017, p. 16.

 

-          Il est bien question, pourtant, dans les évangiles, de deux autres figures féminines que l’on associe traditionnellement à Marie de Magdala : Marie dite de Béthanie, d’une part, et surtout, cette sulfureuse pécheresse anonyme mentionnée par Luc. Quel rapport établissez-vous entre ces deux femmes et Marie de Magdala ?

-          Ces deux figures ont longtemps été confondues, à tort, avec Marie de Magdala.

-          Vous voulez donc dire qu’il s’agit de trois personnages bien distincts ?

-          Oui. La « pécheresse pardonnée », tout d’abord : Luc est le seul à nous avoir conservé l’épisode, célèbre entre tous, de cette pénitente venue se jeter aux pieds de Jésus. Elle arrose de ses larmes les pieds de Jésus et les essuie avec ses cheveux avant de les oindre de parfum.

-          Et qui est cette femme ?

-          Nous ignorons son identité. Mais comme Marie de Magdala fait son entrée, chez Luc, immédiatement après cet épisode, nombreux sont les exégètes qui ont confondu les deux femmes. Mais l’évangéliste, lui, n’établit aucun lien explicite entre elles.

-          Et peut-on savoir qui elle est ?

-          J’ai bien mon opinion là-dessus, mais ce n’est qu’une hypothèse… Je soupçonne qu’il s’agit en réalité d’un autre personnage féminin également mentionné par Luc aussitôt après l’épisode en question.

-          Qui donc ?

 

[1] Docteur ès Lettres et écrivain.

Jeanne, femme de Chouza, intendant dHérode

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VI

Jeanne, femme de Chouza, intendant dHérode

 

Extrait de : Thierry Murcia, Marie-Madeleine : l’insoupçonnable vérité ou Pourquoi Marie-Madeleine ne peut pas avoir été la femme de Jésus, Propos recueillis par Nicolas Koberich[1], La Vie des Classiques (éditions les Belles Lettres), 2017, p. 17-18.

 

-          Jeanne, épouse de Chouza, l’intendant d’Hérode.

-          Et qu’est-ce qui vous amène à penser ça ?

-          La nature exacte des fautes commises par la pécheresse anonyme n’est pas précisée. Ce sont l’imagination et les a priori qui ont fait dire aux exégètes qu’il s’agissait de péchés sexuels. Mais Luc ne le précise pas. Or, dans les évangiles, et plus particulièrement chez Luc, les riches sont davantage fustigés que les fornicateurs. Aussi, l’épouse de l’intendant d’Hérode, une femme fortunée, connue de tous et qui devait mener une vie mondaine, me semble être de loin la mieux placée pour incarner le rôle de la pécheresse repentante. Amie des richesses et de la vie mondaine, on devine que sa conversion a dû être un véritable bouleversement. Elle abandonne en effet son mode de vie antérieur pour suivre Jésus et elle manifeste alors sa conversion de façon radicale et concrète en « pourvoyant aux besoins de la jeune communauté » : c’est Luc qui le dit.

-          Mais Luc nous parle aussi de « ses péchés si nombreux »…

-          Oui, mais c’est de la rhétorique : il ne faut pas y voir autre chose ici qu’une hyperbole sémitique ou qu’une tournure emphatique. Même s’il est vrai que les deux sont souvent associés, vivre dans le faste ne veut pas forcément dire vivre dans la luxure…

-          Si la pécheresse pardonnée est bien l’épouse de Chouza, pourquoi Luc ne le dit-il pas clairement ?

-          Par discrétion, peut-être, car cette Jeanne n’est pas la première venue. Il s’agit d’une personnalité en vue, y compris dans l’église primitive. Et cette scène rapportée par Luc n’est pas seulement touchante, elle est particulièrement humiliante, surtout pour une personne de sa condition. On peut donc comprendre que l’évangéliste se soit abstenu de la nommer, du moins de façon directe.

-          Et Marie de Béthanie ?

-          Marc et Luc rapportent une autre scène qui se serait déroulée à Béthanie, en Judée, deux jours avant la Pâque. Une femme riche pénètre dans la maison d’un certain Simon le lépreux. Alors que Jésus se trouve à table, cette femme brise un flacon d’albâtre contenant un nard de grand prix et lui en verse le contenu sur la tête.

-          C’est Marie de Béthanie ?

-          Non. Cette femme n’est pas nommée non plus. Mais il s’agit encore une fois d’une personne fortunée et, à mon avis, ce doit de nouveau être la femme de Chouza. De par sa position sociale, celle-ci doit savoir qu’un complot se prépare et que la vie de Jésus est plus que jamais menacée. Elle est donc venue lui rendre un dernier hommage pendant qu’il est encore en vie…

 

[1] Docteur ès Lettres et écrivain.

Marie de Béthanie, Marthe et Lazare

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VII

Marie de Béthanie, Marthe et Lazare

Extrait de : Thierry Murcia, Marie-Madeleine : l’insoupçonnable vérité ou Pourquoi Marie-Madeleine ne peut pas avoir été la femme de Jésus, Propos recueillis par Nicolas Koberich[1], La Vie des Classiques (éditions les Belles Lettres), 2017, p. 18-21.

 

-          Mais ça reste une hypothèse. Et quid de Marie de Béthanie ?

-          D’après Jean, six jours avant la Pâque, Jésus se serait rendu à Béthanie chez Marie, Marthe et Lazare. Marie aurait alors pris une livre de nard pur de grand prix. Elle en aurait oint les pieds de Jésus puis les aurait essuyés avec ses cheveux.

-          On dirait un « mixte » des deux épisodes précédents…

-          C’est exactement cela. Jean conjugue les sources pour créer un troisième épisode. Et cette fois – et contrairement aux deux précédents – celui-ci n’a rien d’historique. Il s’agit d’un texte composite qui appartient au genre du « Midrash ».

-          C’est-à-dire ?

-          Les Midrashim sont des textes exégétiques et homilétiques de la littérature juive. Ils commentent les textes bibliques, les interprètent, complètent certains récits, les réécrivent et en créent de nouveaux.

-          Et Jean se livre aussi à ce type d’exercice ?

-          Jean conjugue les sources et crée par ce moyen un récit et des personnages nouveaux qu’il intègre à sa trame narrative. Cette manière de procéder et de confondre plusieurs personnages en un seul est fréquente dans les textes midrashiques.

-          Il s’agit d’une fiction littéraire ?

-          Oui et non. Jean a emprunté des éléments aux récits proposés par Luc et Marc : l’épisode de la pécheresse pardonnée et celui de l’onction de Béthanie. Mais il s’est également inspiré d’un autre récit que l’on ne trouve que chez Luc et qui a pour cadre la Galilée : un repas pris par Jésus dans la maison de deux sœurs appelées Marthe et Marie. La première fait le service tandis que la seconde est assise aux pieds de Jésus dans une attitude d’écoute...

-          Il s’agit du même épisode que celui rapporté par Jean ? 

-          Non. Chez Luc, l’action se déroule en Galilée au début ou au milieu du ministère de Jésus. Chez Jean, la scène a lieu à Béthanie, en Judée, six jours avant la Passion.

-          En somme, l’épisode rapporté par Jean n’est qu’un exercice de réécriture ?

-          En quelque sorte. Les deux sœurs de Béthanie, Marthe et Marie, que l’on trouve chez Jean, sont des créations littéraires inspirées des deux sœurs galiléennes du même nom que l’on rencontre chez Luc. Quant à Lazare, qui est censé être leur frère, c’est un personnage complètement fictif. Jean s’est contenté de faire revenir du royaume des morts le pauvre de la parabole, fameuse entre toutes, « du riche et de Lazare » qui ne figure que chez Luc.

-          Et si Lazare n’a jamais existé, le récit si spectaculaire de sa résurrection, également rapporté par Jean seul, est donc lui aussi fictif…

-          C’est la raison pour laquelle les autres évangélistes n’y font pas référence. Il s’agit ici aussi d’un midrash. Jean n’a fait que donner chair à la parabole lucanienne qui s’achevait sur les mots : « Même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus ».

-          Donc nous aurions, d’un côté, une pécheresse anonyme qui serait l’épouse de Chouza et qui aurait procédé à deux onctions : une sur les pieds (Luc), une autre sur la tête de Jésus (Marc). Et, d’un autre côté, deux sœurs galiléennes nommées Marthe et Marie (Luc) qui ne seraient historiquement impliquées dans aucun récit d’onction ?

-          Oui. Et il serait d’ailleurs préférable de parler de « Marie de Galilée » – personnage vraisemblablement historique – plutôt que de « Marie de Béthanie », personnage composite qui n’a jamais existé que sous la plume de Jean…

-          Et Marie de Magdala dans tout ça ? 

 

[1] Docteur ès Lettres et écrivain.

La question des trois Marie

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VIII

La question des trois Marie

Extrait de : Thierry Murcia, Marie-Madeleine : l’insoupçonnable vérité ou Pourquoi Marie-Madeleine ne peut pas avoir été la femme de Jésus, Propos recueillis par Nicolas Koberich[1], La Vie des Classiques (éditions les Belles Lettres), 2017, p. 21-22.

 

-          En Orient, Marie de Magdala et Marie « de Béthanie » ont toujours été clairement distinguées de la pécheresse pardonnée. C’est dans l’Église latine que la fusion des trois s’est opérée. En fait, c’est le pape Grégoire ier, dit le Grand, qui, à l’extrême fin du vie siècle, décida ex cathedra que les trois femmes n’en faisaient qu’une.

-          C’est donc à partir de ce moment-là que Marie de Magdala a été considérée comme une femme de mauvaise vie repentie ?

-          En Occident, oui. Et cette opinion fit autorité dans l’Église catholique jusqu’à la Réforme, soit pendant près de mille ans. Lefèvre d’Étaples, en 1518, fut le premier à la contester ouvertement. Mais la faculté de théologie de la Sorbonne condamna sa thèse et ordonna d’enseigner l’unicité des trois « Marie ».

-          Et où en sommes-nous aujourd’hui ?

-          Lefèvre d’Étaples avait ouvert une brèche. Au xviie siècle, les liturgistes engagèrent une nouvelle controverse. Bossuet mit de nouveau en question la thèse officielle. Il fut suivi, quelques décennies plus tard, par Dom Augustin Calmet et par de nombreux autres. Aujourd’hui, le débat n’est pas encore complètement clos. Mais les tenants de l’Unité sont de moins en moins nombreux. D’ailleurs, en 1969, le calendrier liturgique de l’Église catholique a cessé de commémorer les « trois Marie » à une date unique. Le fait est qu’avant le pape Grégoire, aucun exégète ne s’était autorisé à établir de lien explicite entre Marie de Magdala et la pécheresse de Luc...

-          En somme, rien ne permet donc de dire que Marie de Magdala ait été une femme de mauvaise vie… Mais vous avez également mentionné une ancienne tradition qui assimile Marie de Magdala à la mère de Jésus. Pourriez-vous nous en dire plus ?

 

[1] Docteur ès Lettres et écrivain.

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