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Marie appelée la Magdaléenne (Marie, Marie-Madeleine)

Site historique consacré à Marie, surnommée "la Magdaléenne" (alias Marie de Magdala, alias Marie-Madeleine)

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Les sept démons de Marie de Magdala

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Mary Magdalene with Seven Devils (James C. Christensen, 1942-2017)

 

-          Si Marie de Magdala est bien la mère de Jésus, comment l’évangéliste Luc a-t-il pu dire que de celle-ci « étaient sortis sept démons » ? Ça me paraît inconcevable.

XXVII

Les sept démons de Marie de Magdala

 

Extrait de : Thierry Murcia, Marie-Madeleine : l’insoupçonnable vérité ou Pourquoi Marie-Madeleine ne peut pas avoir été la femme de Jésus, Propos recueillis par Nicolas Koberich[1], La Vie des Classiques (éditions les Belles Lettres), 2017, p. 64-70.

 

-          Vous posez là une excellente question : comment concevoir, même un court instant, que celle qui allait devenir un jour officiellement la propre « Mère de Dieu » ait pu avoir été « possédée » ?

-          Cela ne choque peut-être pas l’historien que vous êtes mais c’est théologiquement inacceptable.

-          Mais encore faut-il croire aux démons !

-          C’est vrai.

-          D’ailleurs, d’après le pape Grégoire le Grand lui-même ces sept démons de la Madeleine auraient représenté tous les vices.

-          Les sept péchés capitaux ?

-          En quelque sorte. L’explication se fonde sur une ancienne tradition selon laquelle vices et péchés étaient personnifiés. On les nommait les « sept esprits d’égarement » et celui de la luxure occupait alors la première place.

-          Quel rapport ici avec la mère de Jésus ?

-          En vérité : aucun ! Mais rappelez-vous que le pape Grégoire, lui, confondait Marie de Magdala avec la pécheresse anonyme de Luc, une femme dont on ne savait rien mais qui fut rapidement promue au rang d’ex-prostituée repentie.

-          Alors nous ne sommes guère plus avancés… 

-          Cette exégèse présente tout de même un intérêt.

-          Lequel ?

-          On peut voir que, dès la fin du vie siècle, un pape pouvait librement professer que les démons de la Madeleine n’étaient pas des démons au sens conventionnel du terme. C’est déjà un premier pas.

-          Où voulez-vous en venir ?

-          Selon plusieurs spécialistes actuels, Marie de Magdala aurait simplement souffert d’une forme de maladie mentale. En Orient, à l’époque évangélique et plus tard, quand une pathologie physique et/ou psychique – le plus souvent inexplicable – était impressionnante dans ses manifestations, on parlait alors facilement de possession démoniaque.

-          Mais si Marie de Magdala est la mère de Jésus, cette explication ne me semble pas plus satisfaisante que la précédente...

-          Je suis bien d’accord avec vous… Mais d’autres savants ont proposé d’y voir plutôt une maladie incurable ou difficile à guérir. Une pathologie suffisamment redoutable que le rédacteur évangélique aurait, pour cette raison même, mise sur le compte de « sept démons »…

-          Oui, mais… laquelle ?

-          Malheureusement, toutes les tentatives pour l’identifier se sont soldées par un échec.

-          Pourquoi donc ?

-          Car aucune des explications avancées jusqu’ici ne permet de répondre à la question essentielle : Pourquoi sept démons ?

-          Et vous, qu’en dites-vous ?

-          En fait, les « heptades démoniaques », ou groupes de sept démons, trouvent leur origine dans la mythologie de l’ancien Orient. On croyait que ces entités maléfiques attaquaient les humains en leur infligeant des fièvres mortelles. Il y est d’ailleurs fait allusion dans l’Ancien Testament…

-          Vraiment ?

-          Ce sont ces « sept fléaux » dont Dieu menace les Hébreux qui ne mettraient pas ses commandements en pratique. Il en est également question dans les évangiles, dans une parabole rapportée par Luc et Matthieu. Ces démons de la fièvre sont encore mentionnés dans un fragment de rouleau retrouvé à Qumrân, dans le Talmud et dans d’autres documents anciens.

-          Il s’agit donc de démons de la fièvre ?

-          La fièvre était considérée comme une divinité ou un « démon » dans tout le Moyen-Orient et dans le bassin méditerranéen, y compris à Rome où un temple lui était consacré.

-          Mais la fièvre n’est pas une maladie, elle n’en est qu’un des signes cliniques.

-          Vous avez raison. Mais on confondait alors communément maladie, symptôme et signe clinique.

-          Et quelle pathologie aurait été susceptible de provoquer cette fièvre ?

-          La maladie la plus répandue au monde : le paludisme. C’est la principale cause des fièvres.

-          À cette époque aussi ?

-          À cette époque et dans ce milieu. La preuve : c’est l’affection la plus fréquemment mentionnée à la charnière de l’Antiquité et du Moyen âge dans une série d’amulettes retrouvées en Palestine. Et on peut voir, justement, que les talismans en question avaient précisément pour fonction de conjurer nos redoutables « entités de la fièvre ».

-          Et il est également question de paludisme ou de malaria dans le Nouveau Testament ?

-          Oui, mais pas sous ces noms, évidemment. Le mot « paludisme », dérivé du latin paludis, « marais », est un terme relativement récent. Il en est de même du substantif « malaria », qui vient de l’italien, et qui renvoie au « mauvais air » émanant des marécages. Dans le Nouveau Testament, il est seulement question de « fièvre » ou de « grande fièvre ».

-          Et l’on est sûr qu’il s’agit du paludisme ?

-          C’est la moins mauvaise explication. On sait que, jusqu’au début du xxe siècle, les régions marécageuses du Jourdain et des bords du lac de Tibériade – où Jésus exerça son ministère – étaient propices au paludisme. La belle-mère de Pierre en était vraisemblablement atteinte et d’aucuns ont même supposé, pour expliquer sa faible résistance sur la Croix, que Jésus en avait lui-même souffert. Paul aussi, sans doute, qui souffrait d’un mal chronique…

-          La fameuse « écharde dans la chair » ?

-          Tout à fait. Quand l’Apôtre aborde la question, il évoque justement un « ange de Satan chargé de le souffleter ». Et il loue d’ailleurs les Galates, témoins d’une de ses crises, de s’être abstenus de « cracher » devant lui : une forme de conjuration censée les protéger du démon qui le tourmentait.

-          Dans la mentalité de l’époque, qui dit « maladie » dit forcément « démon » ?

-          La règle n’est pas aussi stricte. Mais, sur ce point, Luc se présente justement comme un cas à part. C’est chez cet évangéliste que la tendance à mettre sur le même plan « mauvais esprits » et « maladies », et à confondre « affections physiques » et « possessions » est la plus développée. D’ailleurs, concernant Marie de Magdala, et les femmes qui suivaient Jésus, il n’établit pas non plus de nette distinction entre « esprits mauvais » et « affections ». Le cas de la guérison de la belle-mère de Pierre est, à ce titre, particulièrement éclairant. Il est rapporté aussi bien par Matthieu, Marc que par Luc.

-          Elle était « fiévreuse » ?...

-          Oui. Mais sa guérison n’est pas relatée dans les mêmes termes par les trois évangélistes. Chez Luc, Jésus exorcise littéralement la belle-mère de Pierre en proie à une forte fièvre. Il est alors le seul à parler de « grande fièvre » et à utiliser le verbe epitimaô qui signifie « menacer », « réprimander » : c’est le verbe ordinairement utilisé par les évangélistes lorsque Jésus pratique un exorcisme ou admoneste un possédé. Chez Luc donc, Jésus s’adresse clairement à la fièvre comme à un démon lors d’un exorcisme.

-          Et chez les autres évangélistes ?

-           Marc et Matthieu, contrairement à Luc, ne semblent pas confondre « démon » et « fièvre ».

-          Et Jean ?

-          Jean est un cas à part. Alors que, dans les évangiles synoptiques, les exorcismes sont monnaie courante, chez Jean, Jésus ne croise jamais aucun possédé et ne pratique absolument aucun exorcisme.

-          Ça alors… Jean ne croit donc pas aux « démons » ?

-          Disons qu’il a une autre vision des choses. Chez Jean, Satan est maître du monde et son influence sur les hommes se manifeste au quotidien. Mais pas au travers de la possession.

-          Et ces supposés démons de la fièvre sont-ils nommés par Luc ?

-          Oui et non. Vous savez, la plupart du temps, les démons orientaux portent simplement le nom de l’affection, du symptôme ou du signe clinique qui leur est associé : « Esprit muet et sourd », par exemple. Chez Luc, Jésus conjure une « grande fièvre » ce qui doit également correspondre à la traduction de son nom…

-          Et donc Marie de Magdala aurait été guérie du paludisme ?

-          Guérie ou soulagée, je l’ignore. Le paludisme est une maladie grave, potentiellement mortelle, dont on connaît plusieurs formes et qui se manifeste notamment par des fièvres, des tremblements, voire des convulsions qui peuvent être fatales : elle est aujourd’hui responsable de centaines de milliers de décès chaque année. Mais, surtout, il ne faut pas oublier que cela fait à peine plus de cent ans que l’on sait que c’est en réalité un moustique qui en est le vecteur.

-          C’est donc une découverte relativement récente…

-          Absolument. Aussi, dans la mesure où, dans l’ancien Orient, et dans la Bible même, les démons de la fièvre étaient au nombre de sept, où Luc est également le seul évangéliste à assimiler « démon » et « fièvre », et où il est encore le seul (si je fais abstraction de la finale de Marc qui est postérieure à la rédaction de cet évangile) à préciser que de Marie de Magdala « étaient sortis sept démons », on peut facilement admettre que nos fameux démons lucaniens ne sont rien d’autre qu’une impressionnante et morbide manifestation du paludisme.

-          Mais Luc rapporte-t-il l’épisode de la guérison de Marie de Magdala ?

-          Non. Luc s’abstient de rapporter l’« exorcisme » à l’issue duquel Marie aurait finalement été « libérée » de cette fameuse « heptade démoniaque ». Mais il faut bien voir, d’ailleurs, qu’à aucun moment il ne nous dit que la victime avait, littéralement, été « possédée ». Il se contente d’une périphrase : « de laquelle étaient sortis sept démons ».

-          Et ça fait une différence ?

-          Sans aucun doute, dans la mesure où toute affection avait potentiellement une origine démoniaque et où c’est Luc qui s’exprime… Remise dans son contexte lucanien et traduite en langage matthéen, marcien, voire johannique, une telle formulation prend alors un sens beaucoup moins dramatique et, surtout, moins phénoménal. Elle signifie alors, plus prosaïquement : « dont le mal avait été chassé ».

 

[1] Docteur ès Lettres et écrivain.

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XXVIII

Démon ou Daïmon ?

Extrait de : Thierry Murcia, Marie-Madeleine : l’insoupçonnable vérité ou Pourquoi Marie-Madeleine ne peut pas avoir été la femme de Jésus, Propos recueillis par Nicolas Koberich[1], La Vie des Classiques (éditions les Belles Lettres), 2017, p. 70-71.

 

-          Admettons que vous ayez raison. Cette histoire de démons a tout de même dû embarrasser considérablement les chrétiens des premiers siècles !

-          Vous voulez parler de tous ceux qui n’ignoraient pas que Marie de Magdala n’était autre que la mère de Jésus ?

-          Oui.

-          Vous avez raison. On peut d’ailleurs même dire que notre verset de Luc – relayé par Marc 16, 9 – est en grande partie responsable de la schizophrénie dont a été frappé le personnage de Marie-Madeleine depuis bientôt deux millénaires. Car comment admettre que la mère de Jésus ait pu avoir été « possédée » ?

-          Alors ?...

-          La plupart des auteurs anciens se sont simplement abstenus d’aborder la question. Quelques-uns ont prétendu qu’il s’agissait d’une autre « Marie de Magdala ». D’autres n’ont pas hésité à trahir le texte en l’identifiant à « Marie de Jacques ». Certains, plus subtils, ont même compris « démons » dans un sens positif…

-          Comment cela ?

-          En grec classique, le mot daïmôn n’a pas de connotation péjorative. Il peut s’agir d’un génie ou d’un dieu. Souvenez-vous du démon de Socrate…

-          Son ange gardien, en fait.

-          Exactement ! De même, selon certains chrétiens empreints de gnosticisme, Marie de Magdala aurait tout simplement reçu en elle – et engendré – « les sept éons en une créature unique », autrement dit : Jésus. 

-          Le « dieu » par excellence…

-          Si l’on veut. Mais, quoique ingénieuses, ces solutions palliatives, fragiles et peu crédibles, n’offraient néanmoins que des réponses superficielles et dérisoires à un problème profond devenu, avec le temps, pratiquement insoluble…

 

[1] Docteur ès Lettres et écrivain.

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D
"Si Marie de Magdala est bien la mère de Jésus". C'est la première phrase de cette page. Je suppose qu'il s'agit d'une erreur, non ? Nul n'a jamais prétendu que Marie de Magdala soit la même que Marie mère de Jésus ...
Répondre
T
Ce n'est pas une erreur. La page que vous avez lue n'est qu'un court chapitre d'une interview assez longue publiée sous forme de livre en PDF et sous forme de chapitres sur Overblog.