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Marie appelée la Magdaléenne (Marie, Marie-Madeleine)

Marie appelée la Magdaléenne (Marie, Marie-Madeleine)

Site historique consacré à Marie, surnommée "la Magdaléenne" (alias Marie de Magdala, alias Marie-Madeleine)

Marie de Magdala : l'éternelle présente

Recommended Book on Academia / Livre recommandé sur Academia

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Marie-Madeleine au Calvaire, vitrail (Over Silton Church, North Yorkshire)

XXVI

L’éternelle présente

Extrait de : Thierry Murcia, Marie-Madeleine : l’insoupçonnable vérité ou Pourquoi Marie-Madeleine ne peut pas avoir été la femme de Jésus, Propos recueillis par Nicolas Koberich[1], La Vie des Classiques (éditions les Belles Lettres), 2017, p. 61-64. 

-          Votre démonstration me paraît plutôt convaincante mais une question m’embarrasse cependant : puisque, pour Jean, Marie de Magdala est bien la mère de Jésus, pourquoi ne le dit-il pas clairement ? Et pourquoi, surtout, les autres évangélistes n’en disent-ils rien ?

-          Cela fait deux questions en une. Je crois avoir déjà partiellement répondu à la première. Quant à la seconde : si les évangélistes et leurs premiers destinataires tenaient cette identification pour acquise quelle raison auraient-ils eue d’être plus précis ? A-t-il jamais été besoin de préciser que, dans les évangiles, « Jésus » et « Jésus le Nazaréen » (ou Jésus de Nazareth) sont un seul et même individu ?

-          Non, évidemment…

-          Évidemment pas, pour nous, aujourd’hui comme hier. Mais on peut tout à fait admettre qu’il en était exactement de même à l’époque dans le cas de « Marie » et de « Marie la Magdaléenne » (ou Marie de Magdala). Il ne faut pas perdre de vue que les évangélistes ne s’adressent pas à un public du xxie siècle. Dans leurs écrits, comme dans tout document d’époque, la part d’implicite est importante. Or, tout indique que, dans les évangiles, Marie de Magdala n’est rien d’autre que la forme complète du nom de la mère du Nazaréen.

-          N’est-ce pas ce qu’en rhétorique on a coutume d’appeler un « argument par le silence » ?

-          Il va de soi que l’absence de preuve ne vaut pas preuve. Mais il faudrait plutôt parler ici de preuve indirecte que d’argument e silentio car non seulement aucun indice relevé dans les évangiles n’y contrevient mais toutes les données dont nous disposons vont dans le même sens : le portrait d’ensemble ainsi affiché est d’une parfaite cohérence.

-          Je veux bien l’admettre.

-          Cependant, il y a sans doute autre chose…

-          Quoi donc ?

-          Contrairement aux autres évangélistes, Jean propose un plan rapproché, intimiste : il ne mentionne que celles qui, lors du dernier soupir, sont présentes au pied même de la Croix. Il s’agit de la mère et de la tante de Jésus. Jean, « le disciple bien-aimé », se fait ici l’écho de la « tradition familiale ».

-          Et les autres évangélistes ?

-          Ils mentionnent également la présence des deux femmes mais sans préciser le lien de parenté qui les unit à Jésus. Chez eux, la scène est vue de loin : le groupe est plus étendu et les femmes se tiennent à distance. Surtout, ils ajoutent à cette liste une certaine Salomé : la mère de Jacques et Jean, deux des trois principaux apôtres. Marc, Matthieu et Luc se rattachent ici à un autre ensemble de traditions, transmises par les disciples, et que l’on peut regrouper sous l’intitulé de « tradition apostolique ».

-          Ce pourrait être la raison pour laquelle aucun des évangélistes, hormis Jean, ne précise que Marie de Magdala et la mère de Jésus ne font qu’une ?

-          Une des raisons. Les représentants de la tradition apostolique ont fait le choix de ne conserver dans leur relation que la trame du récit, au détriment de détails jugés superflus, voire encombrants, sur les liens familiaux unissant certains protagonistes. Ce qui importe pour eux c’est qu’une femme, Marie de Magdala, présente lors de la Passion et de la mise au tombeau, ait été témoin de la Résurrection.

-          L’apôtre Paul, lui, s’abstient carrément d’en parler !

-          Oui, comme nous l’avons vu, la branche la plus radicale, illustrée par Paul et la finale primitive de Marc, omettait même ce précieux témoignage ! Toujours est-il que pour les tenants de la tradition apostolique, donc, l’identité précise de certains personnages – surtout féminins – passe au second plan : c’est l’action qui prime.

-          Et les autres raisons ?

-          Nous les avons déjà évoquées : le problème posé, à cette époque, par la valeur du témoignage d’une femme, et a fortiori s’il s’agit d’une proche parente du principal intéressé ! Bref, les raisons ne manquent pas pour expliquer cette singulière discrétion des évangélistes…

-          Il reste malgré tout un dernier problème.

-          Lequel ?

-          Si Marie de Magdala est bien la mère de Jésus, comment l’évangéliste Luc a-t-il pu dire que de celle-ci « étaient sortis sept démons » ? Ça me paraît inconcevable. 

 

[1] Docteur ès Lettres et écrivain.

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