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Marie appelée la Magdaléenne (Marie, Marie-Madeleine)

Marie appelée la Magdaléenne (Marie, Marie-Madeleine)

Site historique consacré à Marie, surnommée "la Magdaléenne" (alias Marie de Magdala, alias Marie-Madeleine)

Marie de Magdala = mère de Jésus : tradition ancienne

Recommended Book on Academia / Livre recommandé sur Academia

Marie : la sainte Famille, détails (Agnolo Bronzino, c. 1550)

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IX

Marie de Magdala = mère de Jésus ?

Extrait de Thierry Murcia, Marie-Madeleine : l’insoupçonnable vérité ou Pourquoi Marie-Madeleine ne peut pas avoir été la femme de Jésus, Propos recueillis par Nicolas Koberich[1], La Vie des Classiques (éditions les Belles Lettres), 2017, p. 22-27.  

-          Il s’agit d’une tradition bien établie. Elle se rencontre dans de nombreux documents anciens, internes et externes au christianisme. Nous avons déjà mentionné le Talmud de Babylone. Mais on en trouve également la trace dans les sources gnostiques, manichéennes et mandéennes. Surtout, elle est très présente dans la littérature chrétienne des premiers siècles, aussi bien apocryphe, patristique, hagiographique que liturgique.

-          Pourriez-vous nous citer les noms de quelques Pères de l’Église qui ont défendu l’idée que Marie de Magdala et la mère de Jésus étaient une seule et même personne ?

-          Mais aucun Père de l’Église n’a jamais eu besoin de « défendre » cette idée ! Car ce qui est supposé être évident n’a nul besoin d’être démontré, ni même d’être formellement énoncé, d’ailleurs…

-          Pourriez-vous être plus clair ?

-          Les auteurs dont je vous parle étaient eux-mêmes si intimement convaincus que la Magdaléenne était la mère de Jésus qu’ils n’ont jamais cherché à convaincre personne ! Ils ne faisaient, somme toute, que transmettre la tradition qu’eux-mêmes avaient reçue et qui était censée remonter à l’époque même de Jésus.

-          Je vois… Et qui sont ces auteurs ?

-          Je vous livre quelques noms : Aphraate, Éphrem de Nisibe, Épiphane de Salamine, Théodoret, Jacob de Sarug, Romanos le Mélode… mais il y en a d’autres.

-          Aucun de ces auteurs n’est antérieur au ive siècle…

-          Vous avez raison. Mais la tradition dont ils dépendent est bien plus ancienne et on en trouve la trace dans d’autres documents composés au iie siècle : le Diatessaron, par exemple. 

-          Le Diatessaron ?

-          Il s’agit d’une harmonie des évangiles dont la rédaction, traditionnellement attribuée à Tatien, remonterait aux années 170 de notre ère. Le Diatessaron a longtemps été l’évangile de référence des églises de langue syriaque.

-          Mais Tatien n’est-il pas considéré comme un hérétique ?

-          C’est vrai, mais comme Justin, qui écrit vers 150, paraît avoir lui aussi connu le Diatessaron, il est peu probable que Tatien en soit le véritable auteur. De toute façon, la plupart des témoins de notre tradition, eux, sont considérés comme des saints.      

-          Et si l’on effectue des recherches sur internet on peut trouver rapidement confirmation de ce que vous avancez ?

-          Rapidement ? À l’heure où je vous parle, je ne le pense pas. Songez que je vous présente ici les conclusions de recherches qui n’ont encore jamais été publiées et qui n’ont jusqu’ici été communiquées qu’à quelques chercheurs... Mais faites donc l’expérience !

-          Et qu’en pensent des Pères ou des auteurs plus connus comme Tertullien, Jérôme ou Augustin ?

-          Vous voulez dire plus connus… en Occident ! La plupart des Pères de l’Église latine ignoraient cette identification. Vous pensez bien que s’ils l’avaient connue, ils n’auraient jamais confondu Marie de Magdala avec la pécheresse pardonnée ! Mais je peux néanmoins vous dire qu’Augustin connaissait cette tradition et que quelques-uns, tels Paulin de Nole, Sedulius et Pierre Chrysologue, y souscrivaient complètement. Notez surtout que les auteurs antérieurs au ive siècle qui, à l’instar de Tertullien, distinguent clairement les deux femmes, se comptent sur les doigts d’une main ! Tertullien, d’ailleurs, est lui aussi considéré comme un hérétique…

-          Il s’agirait donc plutôt d’une tradition orientale ?

-          Absolument. La grande majorité des témoins manuscrits sont d’origine orientale. Quelques-uns nous ont été transmis en latin, un certain nombre en grec. Mais la plupart ont été rédigés ou traduits en syriaque ou en copte, voire, pour certains, en arabe. Mais dois-je vous rappeler que les évangiles sont eux aussi d’origine orientale ?

-          Et en dehors des noms que vous avez cités, trouve-t-on également trace de cette identification dans d’autres documents anciens ?

-          Certainement. Dans la plupart des écrits apocryphes antérieurs au viie siècle où elle est mentionnée, Marie de Magdala est identifiée à la mère de Jésus. 

-          Mais ça paraît incroyable ! Comment se fait-il que personne n’en ait encore parlé ?

-          Parce que la question ne s’est jamais posée en ces termes.

-          Que voulez-vous dire ?

-          Cela tient au fait que cette équivalence est rarement explicite dans ces documents et que la chose n’est véritablement manifeste que pour celui qui en a déjà connaissance. Si elle est évidente, par exemple, pour l’Évangile de Gamaliel ou le Livre de la Résurrection de Barthélemy, elle l’est beaucoup moins pour l’Épître des Apôtres, la Vie de Jésus en arabe ou le Livre du Coq. Mais il faut encore tenir compte de deux autres facteurs.

-          Lesquels ?

-          Considérés comme fautifs, certains des manuscrits où Marie de Magdala était clairement appelée « la mère de Jésus » ont tout simplement été « corrigés » par leurs éditeurs.

-          Vous voulez parler des « moines copistes » ?

-          Non, non. Je parle bien d’éditeurs modernes ! 

-          J’ai peine à vous croire.

-          C’est pourtant la vérité. Les éditeurs critiques de textes anciens sont chargés d’établir le texte qui sera retenu pour l’édition scientifique et ils sont nécessairement amenés à procéder à des corrections.

-          Quoi d’anormal alors ?

-          Le problème c’est quand ils omettent de les signaler dans l’apparat critique, ce qui a parfois été le cas en l’occurrence. Il est vrai que les « moines copistes » aussi – quand ils comprenaient le texte qu’ils recopiaient, ce qui ne fut pas toujours le cas – ont effectué, souvent à tort mais parfois à raison, certaines corrections. Mais la situation et les enjeux étaient différents.

-          Et le second facteur ?

-          La plupart des auteurs anciens, lorsqu’ils renvoient à « Marie » sans plus de précision, entendent généralement « la mère de Jésus ». Or, lorsqu’ils rapportent le récit de l’apparition de Jésus à Marie de Magdala, ces mêmes auteurs n’utilisent pas ou rarement son nom complet : prenez Irénée de Lyon, Astérius le sophiste ou Cyrille de Jérusalem, par exemple. Pour eux, Marie ou Marie de Magdala, c’est du pareil au même.

-          Irénée et Cyrille ne spécifient pas de quelle Marie il s’agit ?

-          À aucun moment.

-          Sans doute parce qu’il est évident pour eux qu’il s’agit alors de Marie-Madeleine.

-          Ou bien parce qu’il est évident pour eux qu’il s’agit alors d’un seul et même personnage : Marie, mère de Jésus, dite « de Magdala » qui, le reste du temps, est appelée « Marie », « sainte Marie », « la Vierge Marie », etc., par référence aux récits de l’Enfance, pour insister sur sa sainteté (elle est la mère du Christ, voire de Dieu) ou sur sa virginité (laquelle est contestée par certains « hérétiques »).

-          Mais, chez Jean, il est pourtant bien spécifié que c’est Marie de Magdala la première bénéficiaire des apparitions du Ressuscité.

-          Initialement, dans les versions syriaques les plus anciennes, la péricope de Jean 20, 11-18, commençait en fait par « Marie se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs… », et s’achevait par : « Marie vient annoncer aux disciples : “J’ai vu le Seigneur” et qu’il lui a dit cela ». Il en était apparemment de même dans le Diatessaron.

-          Vous voulez dire qu’il était originellement question ici de la mère de Jésus ?

-          Oui, mais alias Marie de Magdala. En fait, Marie de Magdala n’est traditionnellement mentionnée sous cet intitulé précis – chez Épiphane de Salamine comme chez de nombreux Pères de l’Église et dans diverses sources anciennes – que lorsque le texte évangélique est expressément cité. Autrement, elle est le plus souvent simplement appelée Marie, y compris lorsque l’on renvoie à Jean 20, 17. Et ceci s’explique aisément : ce qui importe, au moment de la rédaction de tous ces documents, c’est que la Marie dont on parle est bien, d’une part, la mère du Fils de Dieu et qu’elle est, d’autre part, effectivement demeurée vierge. Tout le reste passe au second plan.

-          Et que faut-il en déduire selon vous ?

-          Que pour la plus grande partie des chrétiens orientaux des premiers siècles, Marie de Magdala et la mère de Jésus ne sont qu’une seule et même « Marie »...

-          Mais comment, selon vous, est née cette tradition ? 

 

[1] Docteur ès Lettres et écrivain.

Un acteur de tout premier plan
 

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X

Un acteur de tout premier plan

 

Extrait de : Thierry Murcia, Marie-Madeleine : l’insoupçonnable vérité ou Pourquoi Marie-Madeleine ne peut pas avoir été la femme de Jésus, Propos recueillis par Nicolas Koberich[1], La Vie des Classiques (éditions les Belles Lettres), 2017, p. 27-28.

 

-          Il suffit de lire les évangiles… Marie de Magdala est le personnage féminin le plus souvent cité dans ces documents. Les évangiles font d’elle un témoin privilégié et un acteur de tout premier plan.

-          Mais encore…

-          Au sein même du groupe de celles qui suivent Jésus elle occupe la préséance. Notez bien, en effet, que lorsqu’elle est mentionnée en compagnie d’autres femmes son nom figure toujours en tête de liste, avant même la propre tante de Jésus et pratiquement toujours en relation avec elle.

-          Le fait que son nom soit systématiquement cité en premier… est-ce donc si important ?

-          C’est hautement significatif. Le hasard n’a guère sa place dans les textes sacrés : si, dans ce type de document, une personne est systématiquement citée en premier, comme c’est le cas ici, c’est qu’elle occupe forcément la première place. L’usage voulait alors que l’on respecte la hiérarchie. Aussi cette notion d’ordre – surtout pour le premier rang – était-elle scrupuleusement respectée par les scribes et tout semblant de dérogation était-il considéré comme signifiant et comme devant faire l’objet d’un commentaire.

-          C’est vrai qu’au sein du groupe de femmes Marie de Magdala fait figure de « meneuse »…

-          Elle est très clairement présentée comme la responsable du groupe et tout semble indiquer qu’il s’agit d’une femme « seule » : probablement une veuve. C’est elle, et elle seule chez Jean, qui rend à Jésus les derniers devoirs : un rôle prioritairement dévolu aux parents les plus proches. Et c’est à elle que le Ressuscité apparaît en tout premier lieu.

-          Pourquoi ne serait-elle pas plutôt la compagne de Jésus ?

-          Mais dans cette hypothèse, et à supposer que Jésus ait bien eu une compagne, où donc se trouve sa mère à tous ces moments-clés ?

 


[1] Docteur ès Lettres et écrivain.

Limprobable absence

 

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XI

Limprobable absence

 

Extrait de : Thierry Murcia, Marie-Madeleine : l’insoupçonnable vérité ou Pourquoi Marie-Madeleine ne peut pas avoir été la femme de Jésus, Propos recueillis par Nicolas Koberich[1], La Vie des Classiques (éditions les Belles Lettres), 2017, p. 28-30.

 

-          Il est vrai qu’hormis chez Jean, qui signale sa présence au Golgotha, la mère de Jésus paraît finalement assez peu présente durant le ministère de son fils.

-          Si l’on s’en tient à la lecture traditionnelle des évangiles, Marie aurait été absente, aussi bien lors de la Passion (sauf chez Jean), de l’ensevelissement, que de la visite au tombeau : une absence pour le moins insolite et qui a embarrassé des générations de théologiens.

-          Et quelles explications ont été avancées ?

-          On a supposé que Marie savait que son fils allait ressusciter, voire qu’il s’était déjà manifesté à elle ; ou, à l’inverse, qu’elle était si effondrée par la perte de son enfant qu’elle n’était alors plus en mesure de s’acquitter de ses obligations maternelles…

-          Et alors ?

-          Aucune de ces hypothèses n’est réellement satisfaisante. Comment admettre, en particulier, que Marie ait pu être à ce point effondrée qu’elle ait laissé à d’autres le soin de rendre à son enfant un dernier hommage ? C’est sans doute l’explication la plus terre à terre qui ait jamais été proposée ! Elle table implicitement sur une certaine faiblesse de caractère du personnage. C’est la simple logique – l’ordre naturel des choses –  qui veut, au contraire, que la mère, malgré le poids du chagrin, se soit rendue la première sur la tombe de son fils.

-          Les soins du corps n’incombaient-ils pas justement à la famille du défunt ?

-          C’était même une obligation religieuse. Du moins les plus proches parents devaient-ils s’assurer que ceux-ci étaient effectivement dispensés. Si la famille était dans l’impossibilité absolue de s’acquitter de ces différentes obligations, c’étaient des hommes pieux qui prenaient tout en charge.

-          Joseph d’Arimathie et Nicodème, dans le cas de Jésus…

-          Pour faire simple : oui. Mais les proches du défunt avaient aussi l’obligation d’être présents lors de l’inhumation. Or, les évangiles synoptiques ne manquent pas de nous préciser que les femmes, Marie de Magdala et « l’autre Marie », assistèrent alors à toute la scène : « Elles regardaient où on l’avait mis », nous dit-on, bien décidées qu’elles étaient à se rendre de nouveau au sépulcre pour oindre le corps, une fois le sabbat achevé.

-          Et la mère de Jésus ?

-          Si la mère de Jésus paraît absente, Marie de Magdala, elle, est bien présente à tous ces moments-clés. Elle est à la tête du groupe de femmes qui se rendent au tombeau et c’est elle qui s’acquitte de tous les devoirs qui reviennent habituellement à la mère. Elle n’abandonne jamais Jésus, ne le quitte pas un instant du regard. Et c’est à elle, précisément, que le Ressuscité se manifeste en tout premier lieu…

-          Chez Jean ?

-          Pas uniquement chez Jean. Chez Matthieu et Marc également.

 

[1] Docteur ès Lettres et écrivain.

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