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Marie appelée la Magdaléenne (Marie, Marie-Madeleine)

Site historique consacré à Marie, surnommée "la Magdaléenne" (alias Marie de Magdala, alias Marie-Madeleine)

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Marie-Madeleine ou Marie de Magdala ?

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Maddalena (Antonio Ciseri, 1864)

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II

Marie-Madeleine ou Marie de Magdala ? 

Extrait de : Thierry Murcia, Marie-Madeleine : l’insoupçonnable vérité ou Pourquoi Marie-Madeleine ne peut pas avoir été la femme de Jésus, Propos recueillis par Nicolas Koberich[1], La Vie des Classiques (éditions les Belles Lettres), 2017, p. 8-11.

 

-          Pourquoi dites-vous « Marie de Magdala » et non pas « Marie-Madeleine », comme tout le monde ?

-          C’est, qu’en réalité, le nom composé Marie-Madeleine n’a jamais existé que dans nos traductions. Les évangiles, eux, mentionnent seulement une certaine Maria hê Magdalênê, c’est-à-dire une femme du nom de « Marie », et qui – selon les spécialistes – serait originaire de « Magdala ». Une fois traduit en latin, au ive siècle, ce nom est devenu Maria Magdalene puis, pour nous : « Marie-Madeleine ».

-          Il est donc préférable de parler de « Marie de Magdala » plutôt que de « Marie-Madeleine » ?

-          Cette désignation semble en effet préférable mais elle n’est pas non plus correcte. Elle est seulement conventionnelle.

-          Mais c’est pourtant bien celle que vous-même utilisez !

-          C’est qu’il faut bien lui donner un nom ! En réalité, la seule chose dont on est tout à fait certain concernant cette figure féminine est qu’elle s’appelle « Marie », en hébreu : Miriam.

-          Mais la ville de Magdala a bel et bien existé ce me semble ?

-          Il y a même eu plusieurs localités de ce nom. Mais il n’est toutefois pas du tout sûr qu’il faille traduire Maria hê Magdalênê par « Marie de Magdala »...

-          Pourquoi ?

-          Parce qu’une telle traduction pose problème.

-          De quel genre ?

-          Tout d’abord, dans le Nouveau Testament, et dans la Bible en général, aucune femme n’est jamais nommée d’après un nom de lieu. Marie constituerait donc une forme d’exception.

-          Et que faites-vous de « Marie de Béthanie » ?

-          Marie de Béthanie ? Mais ce nom ne figure nulle part sous cette forme dans les Écritures ! Il s’agit uniquement d’une appellation créée par les exégètes pour désigner la sœur de Marthe et de Lazare. Chez Jean, ce personnage féminin est simplement appelé « Marie ».

-          Et Lydie, dans le Livre des Actes ?

-          La négociante en pourpre ? Justement. Elle est bien dite être originaire « de la ville de Thyatire » mais elle n’est pas appelée « Lydie de Thyatire ».

-          Et « Simon de Cyrène », « Joseph d’Arimathie », « Saul de Tarse », « Lucius de Cyrène », « Lazare de Béthanie » ?...

-          Certes, mais ce sont des hommes ! Pour une femme, l’usage voulait alors qu’elle soit désignée soit par le nom de son époux, soit par celui de son père.

-          Mais si les termes traduits par « de Magdala » ne renvoient pas ici à un nom de lieu de quoi s’agit-il alors ?

-          Il s’agit d’un surnom ainsi que Luc le précise. L’évangéliste écrit en effet : Maria hê kalouménê Magdalênê.

-          C’est-à-dire ?

-          Marie surnommée la Magdalênê.

-          Et il ne peut être ici question d’une localité ?

-          C’est très improbable. Dans la Bible, quand le mot kalouménos, au féminin chez Luc, sépare deux autres termes, et que le premier des deux termes est un nom propre, le second n’est jamais un nom de localité. Il s’agit toujours alors d’un surnom qui entend souligner une caractéristique physique ou morale du personnage.

-          Par exemple ?

-          Par exemple : « Judas appelé Maccabée », c’est-à-dire le « Marteau » ; ou encore : « Ptolémée, surnommé Makrôn », c’est-à-dire « longue tête »…

-          Et y a-t-il des exceptions ?

-          Une seule, mais en théorie seulement. « Judas appelé Iscariote » que certains interprètent dans le sens : « Judas, homme ou habitant de Kérioth ». Mais des recherches récentes ont montré qu’« Iscariote » ne renvoie absolument pas à une localité.

-          Mais les villes de Magdala et de Kérioth ne sont-elles pas mentionnées en tant que telles dans le Nouveau Testament ?

-          Même pas. Aucune de ces deux localités n’apparaît dans le Nouveau Testament en tant que lieu géographique déterminé.

-          Qu’est-ce que ça signifie ?

-          C’est très simple : que les mots traduits par « de Magdala » ont été mal compris. À l’origine, ils devaient avoir une tout autre signification.

-          Laquelle ?

-          Ou plutôt : lesquelles ? Il ne faut pas perdre de vue que si les évangiles nous sont parvenus en grec, Jésus et ses disciples, eux, s’exprimaient en hébreu et en araméen. Or, en araméen, les termes que l’on traduit par « Marie de Magdala » peuvent avoir plusieurs sens.

-          Et peut-on savoir lesquels ?

-          En araméen, Miriam megaddela – que l’on traduit conventionnellement par « Marie de Magdala » ou par « Marie-Madeleine » – peut signifier Marie « la grande » ou « la sanctifiée ». Ou bien encore : Marie « l’éducatrice » ou « la coiffeuse »… 

 

[1] Docteur ès Lettres et écrivain.

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