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Marie appelée la Magdaléenne (Marie, Marie-Madeleine)

Marie appelée la Magdaléenne (Marie, Marie-Madeleine)

Site historique consacré à Marie, surnommée "la Magdaléenne" (alias Marie de Magdala, alias Marie-Madeleine)

Marie dite de Magdala = Marie mère de Jésus - La preuve en images

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Marie dite de Magdala = Marie mère de Jésus :

La preuve en images

(Témoins iconographiques)

Dernière mise à jour : août 2020 

Introduction

Selon Polyvios Konis : “La production artistique des quatrième et cinquième siècles ne fournit pas d’exemple dans lequel la Vierge peut être distinguée, que ce soit dans la scène des Maries au tombeau ou dans celle du Chairete.” Mais il ajoute en note : “Ni les sarcophages ni les ivoires ne montrent aucune preuve que l’artiste ait voulu représenter la Vierge dans ces scènes, mais l’absence de toute inscription rend difficile toute conclusion sûre.” Il précise en outre : “Au vie siècle, nous possédons une abondance de témoins (evidence), tant dans la littérature théologique que dans la production artistique, qui ont intégré la Vierge aux scènes liées à la Résurrection. Les témoins (evidence) proviennent entièrement de la Syrie et de la Palestine, ce qui démontre qu’il s’agissait d’une tradition locale. Les évangiles syriens de Rabbula en sont un exemple.” Selon Polyvios Konis, néanmoins : “Les deux femmes dans les scènes des Marie au tombeau et du Chairete sont Marie-Madeleine et la Vierge.”[1]

C’est également l’opinion de la plupart des chercheurs. Mais une autre lecture de l’ensemble de ces documents est possible qui voit en Marie de Magdala la Mère de Jésus. Cette lecture s’appuie non seulement sur le texte des évangiles mais également sur une ancienne tradition issue du même ensemble géographique que la plupart des documents examinés.


[1] Polyvios Konis, From the Resurrection to the Ascension: Christ’s Post-Resurrection Appearances in Byzantine Art (3rd – 12th c.), University of Birmingham, 2008, p. 104-105.

1. Coffret en ivoire (British Museum, vers 420 apr. J.-C.)

La Crucifixion

Sur toutes les représentations, au pied de la Croix, Marie, la mère de Jésus, est accompagnée du disciple bien-aimé (Jean 19, 26-27). Il s’agit de Jean, d’après la tradition. Sur cette représentation ancienne (1a), aucun des personnages ne porte d’auréole. Celle du Christ semble avoir été ajoutée postérieurementCette représentation ne dépend pas d’un modèle oriental.

 

     Ico. 1a

La scène du tombeau vide

Sur le panneau suivant (du même coffret), qui illustre Jean 20, 1, 11-12, nous retrouvons, à gauche, la même figure féminine (i.e. la mère de Jésus). Or, chez l’évangéliste, cette figure féminine est Marie de Magdala. Je tiens donc qu’il s’agit bien, pour l’artiste, d’un seul et même personnage.

La femme assise à droite doit être l’Autre Marie (Matthieu 28, 1-8), également appelée Marie, la mère de Jacques et Joses/Joseph”, qui est, elle aussi, présente (en deuxième position) sur toutes les anciennes représentations de la visite au tombeau (voir 2b, 2c).

Le détail des gardes terrifiés et/ou assoupis, reconnaissables à leur équipement, est emprunté à Matthieu (28, 4, 11-15).

Ico. 1b

2. Plaque d’ivoire (vers 400 apr. J.-C.)

La plaque d’ivoire du musée de Munich (2a) est l’un des premiers exemples qui présente trois femmes au sépulcre au lieu de deux. Comme sur le Codex de Rabbula (voir infra 5b), Jésus tient un rouleau dans sa main gauche. Les trois femmes sont Marie de Magdala, l’Autre Marie et Salomé (Marc 16, 1-8).

Le thème de l’Ange assis (ici sans ailes, ni auréole) se retrouve sur la plupart des représentations de la visite au sépulcre[1]


[1] L’ange est absent sur le panneau en ivoire du British Museum (1b).

Plaque d’ivoire, Musée Bavarois, Munich (vers 400 apr. J.-C.)

Ico. 2a

L’Autre Marie – ainsi nommée (par Matthieu) par rapport à la première Marie (la mère de Jésus alias Marie dite de Magdala) – est présente (en deuxième position) sur toutes les anciennes représentations de la visite au tombeau.

Ico. 2b

Ico. 2c

3. Plaque en ivoire (fin Ve siècle)

Cette plaque en ivoire (3) nous montre, d’une part (partie haute), la visite au sépulcre (Matthieu 28, 1-7). Et, d’autre part (partie basse), l’apparition (appelée le Chairete) de Jésus aux deux Marie que nous savons être Marie dite la Magdaléenne et l’Autre Marie (Matthieu 28, 8-9).

 

Ico. 3

 

4. Mosaïques de Saint-Apollinaire-le-Neuf (vers 500-550 apr. J.-C.)

La scène du tombeau vide ou des saintes femmes au tombeau

Marie est aisément reconnaissable sur cette mosaïque (4a) du fait qu’elle porte des vêtements faits sur le même modèle que ceux de son Fils : de couleur pourpre (bleu-violet) et ornés de deux bandes dorées verticales (voir ci-dessous 4b, 4c et 4d). Elle est représentée ici accompagnée de l’Autre Marie (Matthieu 28, 1-8). Comme dans l’Évangile, lorsqu’elle est accompagnée, Marie/Marie de Magdala occupe systématiquement la première place. Elle est située au premier plan ou précède l’Autre Marie. L’Autre Marie, la seconde du nom, ainsi nommée (par Matthieu) par rapport à la première Marie (la mère de Jésus alias Marie dite de Magdala : il n’y a que deux Marie dans les récits de la Passion et de la Résurrection) est également appelée “Marie, la mère de Jacques et Joses/Joseph, du nom de ses deux fils aînés. Il s’agit du même personnage féminin que la Marie de Clopas, mentionnée par Jean, la belle-sœur de Marie (appelée sa sœur par Jean).

On retrouve le thème de l’Ange assis (Marc 16, 5 ; Matthieu 28, 2 ; Jean 20, 12), ici aisément reconnaissable car portant ailes et auréole. Il tient, de sa main gauche, une longue baguette – emblème du messager et signe d’autorité tandis que de sa dextre, il salue les deux femmes.

 

Ico. 4a

 

Ico. 4b

Ico. 4c

Ico. 4d

 

5. Codex de Rabbula (586 apr. J.-C.)

Marie dite de Magdala / La mère de Jésus est parfaitement reconnaissable dans ces miniatures du Codex de Rabbula (5a, 5b, 5c, 5d). Comme dans l’Évangile, elle est située au premier plan ou précède l’Autre Marie. Elle se distingue ici par : 1) la place qu’elle occupe (la première) ; 2) la couleur de ses vêtements (bleu-violet, comme son fils) ; 3) le fait qu’elle est le seul personnage féminin à porter une auréole.

 

Ico. 5a

Ico. 5b

Ico. 5c

Ico. 5d

 

6. La Bible syriaque de Paris (VIe VIIe siècle)

Cette miniature de la Bible syriaque de Paris montre (6) la Vierge (à l’Enfant) qui porte les mêmes vêtements de couleur pourpre ornés de deux bandes dorées verticales. Elle est ici flanquée de Salomon (représentant la sagesse de l’Ancien Testament) et d’Ecclésia (personnification de l’Église).

 

Bible syriaque de Paris (folio 118r) : Marie, Salomon, l’Église

Ico. 6

 

7. Reliquaire du Saint Sanctuaire (vers 600 apr. J.-C.)

 

Polyvios Konis dit très justement au sujet de ce reliquaire (7) : “La femme vêtue de violet est la Vierge, clairement identifiée grâce aux autres scènes (par exemple, l’Ascension) où elle porte les mêmes vêtements.” Mais il ajoute (à tort) : “Cela contredit le récit évangélique où la Vierge n’est mentionnée dans aucune scène liée à la Résurrection.[1] En réalité, il n’y a plus de contradiction si l’on accepte l’idée que, pour ces artistes d’origine orientale (et pour les évangélistes, comme mes travaux l’ont établi) la mère de Jésus et la Magdaléenne ne sont qu’une seule et même Marie. 


[1] Polyvios Konis, From the Resurrection to the Ascension: Christ’s Post-Resurrection Appearances in Byzantine Art (3rd – 12th c.), University of Birmingham, 2008, p. 35, n. 118.

 

Reliquaire du Saint Sanctuaire (vers 600 apr. J.-C.)

Ico. 7

 

Polyvios Konis a fait l’observation suivante : “Un détail iconographique particulier de cette scène n’a pas de précédent : c’est la posture de la Vierge qui se penche pour voir le tombeau vide. Dans tous les autres exemples, qu’ils soient antérieurs ou postérieurs, la Marie la plus proche de la tombe penche légèrement la tête et non tout son corps.”[1] Le seul passage des évangiles montrant une femme qui se penche pour voir l’intérieur du sépulcre est Jean 20, 11 et il est alors question de Marie de Magdala : Marie se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Or, tout en pleurant, elle se pencha vers l’intérieur du tombeau” (voir également ici Ico 1b et mon commentaire).


[1] Polyvios Konis, From the Resurrection to the Ascension: Christ’s Post-Resurrection Appearances in Byzantine Art (3rd – 12th c.), University of Birmingham, 2008, p. 126.

 

 

8. Monastère Sainte Catherine (Mont Sinaï, viie - viiie siècle)

L’icône suivante (8a), du viie siècle, illustre le récit de l’apparition de Jésus aux deux Marie (le “Chairete) : Marie de Magdala et l’Autre Marie (Matthieu 28, 1-10). La mère de Jésus est aisément reconnaissable. Elle porte des vêtements rouge pourpre de la même couleur que ceux du Ressuscité. Elle est debout devant son fils et tend les mains vers lui comme pour le saisir (cf. Jean 20, 16-17). Elle est en outre très clairement identifiée par l’abréviation ΑΓ ΜΡ mise pour “Sainte Marie” (Ἁγία Μαρία) et qui, dans les anciennes icônes, désigne la Mère de Dieu[1]. La femme prosternée (cf. Matthieu 28, 9), en tenue plus sombre, est donc ici l’Autre Marie, la tante de Jésus (alias Marie, la mère de Jacques et Joses/Joseph).


[1] Hilarion Alfeyev, Orthodox Christianity, volume III: The Architecture, Icons, and Music of the Orthodox Church, St Vladimir’s Sminary Press Yonkers, New York, 2014[2008] , p. 116.

Icône de l’Apparition aux deux Marie (Mont Sinaï, viie siècle)

Ico. 8a

Sur cette icône sur bois (8a) – légèrement postérieure et du même monastère (viiie siècle) – Jésus est présenté entre les deux larrons. Il est vêtu du colobium (tunique sans manches, cf. 5a et 7) de couleur rouge pourpre orné de deux bandes dorées verticales. Marie (à droite) et Jean (à gauche) portent une auréole. Marie, comme son fils, est vêtue de rouge pourpre. Les noms des personnages principaux sont mentionnés : Marie (de nouveau identifiée par l’abréviation ΑΓ ΜΡ), Jean, Gestas et Desmas (pour qui seules les premières lettres apparaissent). L’image présente plusieurs innovations. Contrairement aux représentations plus anciennes, le Crucifié a les yeux fermés. Il porte une couronne d’épines et l’on peut distinguer le flux de sang et d’eau. De même que sur le Codex de Rabbula (5a), trois soldats assis au pied de la Croix tirent au sort les vêtements du crucifié. Dans le coin supérieur gauche de l’icône (à la hauteur de la tête du Christ), on distingue le soleil dans le ciel. La lune devait également apparaître, dans le coin supérieur droit, dans la partie détruite.

 

Icône de la Crucifixion (Mont Sinaï, viiie siècle)

Ico. 8b

Même monogramme : ΑΓ ΜΡ

Η ΑΓΙΑ ΜΑΡΙΑ / Sainte Marie

Vue synoptique (1)

 

 

 

À ces divers témoins iconographiques, nous pourrions ajouter celui indirect du rhéteur Choricius de Gaza (1re moitié du vie siècle). Choricius nous a, en effet, laissé une brève description des mosaïques de l’église Saint Serge de Gaza construite au début du règne de Justinien (527-565 apr. J.-C.) et aujourd’hui détruite. Entre la représentation de la Résurrection et celle de l’Ascension, il mentionne celle de l’Apparition aux femmes (le “Chairete” = Matthieu 28, 8-9), au premier rang desquelles devait figurer la mère de Jésus. Il écrit :

“Ils placèrent aussi des gardes près de son tombeau, mais Lui, faisant de leurs gardes un sujet de moquerie, recouvra son immortalité et, après être apparu aux femmes entourant sa mère, Il fut transporté jusqu’à sa demeure accompagné d’un chœur céleste. Et ainsi, Il n’a pas démenti ces anciens prophètes qui entourent la partie centrale du plafond.” (Laudatio Marciani I, 76)

Polyvios Konis a donc raison de dire que “l’abondance de preuves (evidence) provenant de la Palestine des vie et viie siècles montre qu’au moins dans cette région, la présence de la Vierge dans les récits liés à la Résurrection était largement acceptée”[1].

La mère de Jésus / Marie dite de Magdala est en effet parfaitement reconnaissable dans toutes ces représentations, qu’il s’agisse des mosaïques de Saint-Apollinaire-le-Neuf, du Codex de Rabbula, du Reliquaire du Saint Sanctuaire ou des Icônes du Mont Sinaï. Elle se distingue par : 1) la place qu’elle occupe (la première[2], comme dans les évangiles) ; 2) le fait qu’elle est parfois le seul personnage féminin à porter une auréole (Codex de Rabbula) ; 3) ses vêtements de couleur pourpre (bleu-violet ou rouge-violet) faits sur le modèle que ceux de son fils et parfois également ornés de deux bandes dorées verticales (mosaïques de Saint-Apollinaire-le-Neuf, Bible syriaque de Paris).


[1] Polyvios Konis, From the Resurrection to the Ascension: Christ’s Post-Resurrection Appearances in Byzantine Art (3rd – 12th c.), University of Birmingham, 2008, p. 117.

[2] Sur l’Icône de l’Apparition aux deux Marie du Mont Sinaï (du viie siècle), elle est debout, face à son Fils, tandis que l’Autre Marie est prosternée.

9. Santa Maria Antiqua (Rome, 741-752 apr. J.-C.)

Construite au Ve siècle, l’Église Santa Maria Antiqua est le plus ancien édifice chrétien du Forum Romanum. L’intérieur de l’édifice est décoré d’anciennes fresques de style byzantin dont celle de la Crucifixion (9) réalisée à l’époque du pape Zacharie (741-752). Comme sur la plupart des représentations précédentes (5a, 7, 8b), le Crucifié est vêtu du colobium (longue tunique sans manches) de couleur pourpre et orné de deux bandes dorées verticales. Marie (à droite) et Jean (à gauche) portent une auréole. Marie, comme son fils, est vêtue de pourpre. Les noms des personnages sont mentionnés : Sainte Marie (Sancta Maria), Longin (Longinus), Saint Jean l’évangéliste. Comme sur le Codex de Rabbula (5a, voir aussi 8b), on distingue le soleil et la lune de part et d’autre de la tête du Christ.

 

Église Santa Maria Antiqua (Rome) : fresque byzantine (741-752 apr. J.-C.)

Ico. 9

 

10. Reliquaire émaillé byzantin (vers 800 apr. J.-C.) 

Reliquaire de type byzantin (vers 800) de même inspiration que les images précédentes. Jésus est vêtu du colobium de couleur pourpre (10a) et orné de deux bandes verticales (10a, 10b). Les noms des personnages sont mentionnés : Marie (Theotokos = Mère de Dieu), vêtue de pourpre, du côté gauche de la croix. Jean à droite. Tous deux portent une auréole. Comme sur le Codex de Rabbula (5a) et la fresque de l’Église Santa Maria Antiqua (9, voir aussi 8b), on distingue le soleil et la lune à droite et à gauche de la tête du Christ (10a, 10b).

9. Reliquaire émaillé byzantin (vers 800 apr. J.-C.)

Reliquaire de type byzantin (c. 800) de même inspiration que les images précédentes. Jésus est vêtu du colobium de couleur pourpre (9a) et orné de deux bandes verticales (9a, 9b). Les noms des personnages sont mentionnés : Marie (Theotokos = Mère de Dieu), vêtue de pourpre, du côté gauche de la croix. Jean à droite. Tous deux portent une auréole. Comme sur le Codex de Rabbula (4a) et la fresque de l’Église Santa Maria Antiqua (8), on distingue le soleil et la lune à droite et à gauche de la tête du Christ (9a, 9b).

 

Reliquaire émaillé (couvercle)

Ico. 9a

 

Reliquaire émaillé (face intérieure du couvercle)

Ico. 9b

 

 Vue synoptique (2)

 

11. Évangéliaire d’Egbert de Trèves (Codex Egberti, vers 980 apr. J.-C.)

Dans les miniatures du Codex Egberti, Marie, la mère de Jésus, est très présente. Elle a la tête couverte, porte une auréole et est, le plus souvent, vêtue de pourpre et de blanc. Ses vêtements sont parfois ornés d’un liseré d’or. C’est visiblement elle qui se trouve à la tête des trois Myrrhophores (“porteuses de myrrhe”) qui se rendent au sépulcre (11f) : une scène dont Marie de Magdala est du même coup absente. Marie de Magdala (11g), en effet, n’apparaît que dans l’image suivante, la scène du Noli me tangere (“Ne me touche pas” : Jean 20, 17). Elle n’a pas d’auréole. Sa tête est découverte et ses cheveux lâchés. Mais elle porte un vêtement pourpre (orné d’un liseré d’or) sur le modèle des représentations plus anciennes où, accompagnée de l’Autre Marie, elle était identifiée à la mère de Jésus.

 

Ico. 11a – 11b – 11c 

Ico. 11d – 11e

Ico. 11f – 11g

Ainsi que Barbara Baert le fait observer : Dans l’art chrétien des premiers siècles, le Christ ne se tient pas face à une femme seule, mais à au moins deux témoins […] Marie Madeleine n’existe pas en tant que personnalité iconographique séparée durant cette période”[1]. Mais, selon elle : “L’artiste du Noli me tangere d’Egberti s’est inspiré d’images antérieures pour représenter la scène. C’est évident si l’on compare avec les représentations plus anciennes de la Résurrection, en particulier la version mettant en scène les saintes femmes : la position de Marie-Madeleine qui s’agenouille de même que ses mains tendues proviennent de l’ancien modèle chrétien du Chairete […] L’ancienne iconographie chrétienne de la Résurrection a eu une grande influence sur le développement de l’iconographie du Noli me tangere. Le Codex Egberti marque le moment où le Noli me tangere émerge en tant que thème distinct d’un modèle iconographique et compositionnel plus ancien.”[2]


[1] Barbara Baert, To touch with the gaze. Noli me tangere and the iconic space, 2012, Leuven, p. 27. 

[2] Barbara Baert, “The Gaze in the Garden: Mary Magdalene in Noli me tangere”, dans Michelle Erhardt & ‎Amy Morris (ed.), Mary Magdalene, Iconographic Studies from the Middle Ages to the Baroque, 2012, Leiden – Boston, p. 200-201.

Ico. 11g

Les deux miniatures suivantes (11h, 11i) mettent en scène les deux sœurs de Lazare, Marthe et Marie de Béthanie. Dans les deux scènes, Marthe est vêtue de blanc et Marie de vert. Elles ont toutes deux la tête découverte, les cheveux lâchés et ne portent pas d’auréole. Dans le Codex Egberti, Marie de Béthanie est clairement distinguée de Marie de Magdala (11g).

Ico. 11h – 11i

Ico. 110j

 

12. Mosaïques de la cathédrale de Monreale, Sicile (fin xiie siècle)

Les mosaïques byzantines de la Cathédrale de Monreale, en Sicile, s’inspirent aussi de modèles plus anciens. Il est difficile ici de dire si la première des Saintes femmes représentées dans la scène de la visite au sépulcre (12a) est Marie Madeleine ou la mère de Jésus. L’identification est rendue difficile par le fait que la femme vêtue de pourpre dans la scène suivante (12b), et qui est désignée comme étant la Magdaléenne, ne ressemble à aucune de ces trois femmes. Quoi qu’il en soit, cette Magdaléenne, dans une scène où se trouvent mêlés Chairete et Noli me tangere, correspond à la mère de Jésus des modèles antérieurs (voir infra). Cela ne signifie pas que, pour l’artiste, la Magdaléenne est la mère de Jésus. Mais cela semble indiquer qu’il identifiait correctement le personnage figurant la mère de Jésus dans les modèles antérieurs à la Magdaléenne.

 

Ico. 12a

Ico. 12b

Vue synoptique (3)

 

 

Ico. 12c

13. Livre d’Images de Madame Marie (vers 1285)

 Dans le Livre d’Images de Madame Marie (xiiie siècle), Marie Madeleine et la mère de Mère de Jésus ne sont pas distinguées. S’agissait-il, pour l’artiste, de la même figure féminine ? Difficile de répondre.

 

Ico. 13a – 13b – 13c

Ico. 13c – 13d 13e

14. Lectionnaire syriaque (Mossoul, Nord Iraq, v. 1220 apr. J.-C.)

Dans le courant du viie siècle, en Orient, la mère de Jésus et la Magdaléenne cessent d’être considérées comme une seule et même figure féminine. Comme on peut voir sur ces représentations plus tardives (14a, 14b), il y aura donc désormais – comme en Occident – trois Marie au Calvaire (à savoir : la Magdaléenne, l’Autre Marie et la mère de Jésus) et non plus deux (la mère de Jésus dite la Magdaléenne et l’Autre Marie) comme auparavant. Et c’est une Magdaléenne distincte de la mère de Jésusmais toujours en tête qui se rend dès lors au sépulcre, accompagnée de l’Autre Marie (14b) et d’une autre femme (Salomé ou Jeanne, femme de Chouza : 14a, 14b).

 

Ico. 14a

Ico. 14b

Vue synoptique (4)

Vue synoptique (5)

 

Désormais, le divorce est consommé.

Maître de la Vierge Strauss,  L’Homme de Douleurs et les Symboles de la Passion (xive siècle)

Ou presque ?

 

Rogier van der Weyden, Sainte Marie Madeleine (Triptyque de la Crucifixion, panneau gauche, ca 1440)

Ces témoins iconographiques – en particulier ceux d’origine ou d’inspiration syro-orientale et/ou syro-palestinienne (Mosaïques de Saint-Apollinaire-le-Neuf, Codex de Rabbula, Reliquaire du Saint Sanctuaire, Icônes du Sinaï) – viennent renforcer les conclusions publiées dans mon ouvrage paru aux Presses Universitaires de Provence en 2017 : Marie appelée la Magdaléenne – Ier-VIIIe siècle Entre Traditions et Histoire (420 pages).

 

Thierry Murcia, PhD (2019-2020)

 

 

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Dom 30/09/2019 21:00

Bonsoir Thierry,
Je vous remercie beaucoup pour votre réponse, très claire et sympathique. En effet, votre texte m'est davantage compréhensible à présent.
C'est dans cette soirée du 24 septembre que j'ai découvert vos travaux, et... j'ai passé la nuit entière à vous lire ! D'où l'heure de mon premier message, et peut-être ma compréhension alterée ? ;-)
Quel étonnement par contre, de ne pas voir des files de commentaires, sous forme de chaudes félicitations, de tièdes remarques, voire de glaciales diatribes !
Ce sujet est énorme, de par ses tenants et aboutissants, et vous le traitez de manière simple, construite, et magistrale.
Nul doute que vos travaux feront bientôt autorité ; "on" en (re)parlera.

C'est en creusant le sujet du chameau et du chas de l'aiguille que je vous ai trouvé. Il semble que là aussi, vous ayez fait avancer le sujet.

J'aime aussi beaucoup cette façon didactique et imagée d'enseigner l'alphabet hébreu. Pourriez vous m'indiquer un media simple et clair reprenant l'ensemble des lettres de cette façon ? ("si le resh se repent, il pourra passer dans le trou du qof", etc)
Et comme vous écrivez sur tous les sujets qui me passionnent, je vous garde à l'oeil.
Merci pour ce blog, et si vous avez d'autres lieux d'écriture, n'hésitez pas à m'en informer, pour d'autres fascinantes nuits blanches !
Avec tous mes remerciements,
Très cordialement,
Dom
Très cordialement,

Thierry MURCIA, PhD 01/10/2019 02:12

Bonsoir Dom,
Je vous remercie pour vos commentaires qui me vont droit au cœur. Concernant l'enseignement des lettres hébraïques, je regarderai.
En ce moment, je suis très présent sur ma page Facebook de groupe consacrée à "Marie la Magdaléenne" où j'essaye de faire avancer les choses… C'est un groupe public et donc ouvert à tous. Voici le lien :
https://www.facebook.com/groups/269366103958368/
Si vous êtes sur Facebook, vous pourriez vous inscrire ce qui vous permettrait éventuellement d'intervenir, de mettre des "likes", de laisser des commentaires ou de poser directement vos questions...
Bien Cordialement,
Thierry.

Thierry Murcia 29/09/2019 06:50

Les réponses n'apparaissent pas dans le bon ordre. Je suis désolé. Je ne suis pas parvenu à résoudre ce problème...

dom 25/09/2019 03:27

Bonjour,
Toutes mes félicitations pour votre remarquable et pertinent travail.
Peut-être s'est-il glissé une faute de frappe, au chapitre 14 de cette page sur l'iconographie ?
Ne faut-il pas lire que c'est au XIIè siècle, plutôt qu'au VIIè siècle, que les représentations orientales ont introduit la présence d'une Magdaléenne qui cesse d’être considérée comme "mère de Jésus" ?
C'est en tous cas ce que semble induire le reste des explications.
Au plaisir de vous lire,
Dom

Thierry MURCIA, PhD 29/09/2019 06:47

Merci à vous également, Charles. J'ai répondu plus haut.

Thierry MURCIA, PhD 29/09/2019 06:47

Merci dom pour ces appréciations positives, les "retours" sont plutôt rares. En fait, il s'agit bien du VIIe siècle. Mais je reconnais que je suis allé un peu vite dans mes explications sur la fin. L'image qui accompagne le commentaire, elle, est du début du XIIIe s. Du coup, j'ai très légèrement modifié mon texte : "Comme on peut voir sur ces représentations plus tardives (14a, 14b), il y aura donc désormais…" Dans les documents écrits orientaux, c'est au VIIe siècle que la Mère de Jésus va définitivement être scindée en deux entités distinctes : la Vierge d'un côté, la Magdaléenne de l'autre (en Occident, beaucoup plus tôt). Mais les anciennes représentations, où elle ne faisait qu'une, ont pendant encore plusieurs siècles influencé les artistes postérieurs qui les prenaient pour modèles. Aussi, pour le point 14, j'ai dû utiliser, pour illustrer mon propos final, une image plus tardive où il n'y avait aucune ambiguïté : d'un côté, la Mère de Jésus, de l'autre, la Magdaléenne.

Charles 28/09/2019 22:55

Bonsoir,
J'avais aussi compris cela, vu les dates des images montrées.
Je serais vraiment content que l'auteur réponde sur ce point : VIIè ou XII è ?
Bravo en tous cas pour cet article bien documenté.
Charles