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Marie appelée la Magdaléenne (Marie, Marie-Madeleine)

Site historique consacré à Marie, surnommée "la Magdaléenne" (alias Marie de Magdala, alias Marie-Madeleine)

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Marie-Madeleine et les Cathares (Pierre de Meuse versus Christian Doumergue)

 

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Pierre de Meuse

L’Église et les cathares

 

 

Chapitre 3

L’Ésotérisme et les Cathares

 

Sous-chapitre : Marie-Madeleine et les Cathares

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Marie-Madeleine et les Cathares

Dans ce concert de théories historiques plus que discutables, il en est une qui a pris ces derniers temps une place considérable avec le livre de Dan Brown, c’est la « révélation » de la liaison amoureuse du Christ avec Marie-Madeleine. Pour exploiter la nouvelle veine et prendre sa place dans cette vague de fond qui vient de certains cercles américains, il faut bien selon la recette vue plus haut, relier cette information avec les « savoirs » déjà diffusés. Les pauvres templiers ont déjà été mis à contribution, ainsi que le Graal ; et les cathares ? Dans un article diffusé sur Internet sous le titre « rosa mystica », M. Christian Doumergue, qui dirige une officine culturelle qui a son siège à Rennes-le-Château, incontournable Mecque de l’Histoire mystifiée13, nous explique que « de nombreux ouvrages, notamment anglo-saxons, font des Cathares les gardiens de secrets concernant Marie-Madeleine. Cette affirmation a-t-elle un quelconque fondement historique, ou n’est-elle qu’un mythe supplémentaire parmi les innombrables fausses vérités colportées sur les hérétiques par un genre littéraire en mal de sensationnel ? » Cette entrée en matière faussement interrogative a déjà mis en appétit le lecteur ; il va connaître un secret garanti de bonne qualité. C’est que, nous déclare le site du fameux « prieuré de Sion », au milieu de publicités pour des produits de lavage « une des raisons pour lesquelles l’Église catholique a persécuté le catharisme réside dans le fait que les Cathares vouaient un culte puissant à Marie-Madeleine et une théorie serait qu’ils auraient été éliminés à cause de ce puissant secret. Tout comme les autres organismes cités dans le Code Da Vinci, les Cathares se sont retrouvés au cœur de l’intrigue de l’époque et on peut se demander pourquoi une communauté aussi pacifiste a été châtiée de la sorte. Comme pour le reste du mystère Marie-Madeleine il n’y a pas de preuves qui affirment ou réfutent cette théorie ». S’il n’y a pas preuves, pourquoi en parler ? Mais le commerce a ses exigences. M. Doumergue, lui, avance des preuves, sous un titre éloquent : la concubine du Christ. Nous allons les examiner.

Première « preuve » : un livre de l’abbé Faillon, (mort en 1870) qui sous le titre Monuments inédits, « évoque les croyances blasphématoires des hérétiques de Béziers à l’égard de Marie-Madeleine. » Écrit en 1849, ce texte n’aurait une quelconque valeur que si l’abbé en question citait les sources de l’époque : « On remarquera aussi que les anciens fanatiques de Béziers, accoutumés à proférer d’horribles blasphèmes contre cette sainte, la patronne de leur église, et contre la personne adorable du Sauveur, furent vaincus par leurs ennemis le jour de la fête de sainte Madeleine ; et qu’en punition de leur impiété envers cette sainte, leur ville avait déjà été dévastée plusieurs fois en pareil jour.» En fait, l’on sait très bien d’où vient cette observation, mais M. Doumergue préfère citer plusieurs sources au lieu d’une. En effet, il cite Voltaire et Henri de Sponde, évêque du xviie siècle, qui s’en sont fait l’écho.

Deuxième preuve : le document d’origine, qui est présenté comme représentatif de « quelques textes, comme l’Histoire albigeoise de Pierre des Vaux-de-Cernay. » En fait il n’y en a qu’un. L’ouvrage cité est l’œuvre d’un moine cistercien accompagnant son oncle Guy, abbé des Vaux-de-Cernay, bientôt évêque de Carcassonne. Sa Chronique de la Croisade est une œuvre très orientée contre les Toulousains. Doumergue cite deux passages de la première partie, section 11 et section 93. : « Ils disaient dans leurs réunions secrètes que le Christ qui naquit dans la Bethléem terrestre et visible et mourut crucifié à Jérusalem était le mauvais Christ et que Marie-Madeleine était sa concubine : c’était elle la femme surprise en adultère dont il est question dans les Évangiles… » Et Doumergue fait observer que plus loin dans le texte, le chroniqueur faisait à nouveau « écho à cette assertion des cathares. » Doumergue fausse ainsi le sens du texte, car il sait très bien que les croisés ne connaissaient nullement la théologie cathare, à la différence des inquisiteurs, et que ceux-là ne croyaient nullement qu’il avait existé deux Christs, un bon et un mauvais, mais un Dieu mauvais créateur du monde à côté du Dieu bon ; pour eux le Christ n’était pas Dieu. Il s’agit donc d’une confusion plus ou moins involontaire de la part de Pierre des Vaux. Surtout que, si l’on se réfère à la suite du texte, qu’il ne cite pas, apparaît alors que la mention des blasphèmes qui auraient été proférés contre Marie-Madeleine ne sert que de justification a posteriori pour l’épouvantable massacre auquel les routiers de l’armée croisée se sont livrés, le jour de la fête de Marie-Madeleine et dans l’église qui porte son nom. De même, écrit-il, « que la prise de Jérusalem par Titus et Vespasien prit place vingt-cinq ans après la crucifixion de Notre Seigneur, de même le sac de Béziers par les Français du nord est se place vingt-cinq ans après le meurtre de leur Comte et de leur évêque » dans cette même église et à cette même date. Un miracle, ou un châtiment divin, en quelque sorte. Dans les textes des inquisiteurs, pourtant tatillons et prompts à détailler les points d’hérésie, ni chez Pons de Parnac, ni dans les recueils de Jacques Fournier, rien dans le « concile cathare » de saint Félix l’on ne parle d’une croyance au concubinat de Marie Madeleine avec Jésus.

- Il y a un autre texte : la Manifestatio heresis Catharorum Bonaccursi, confession publique d’un hérétique converti, où cet ex-cathare milanais se repent, entre autres, d’avoir cru que Marie-Madeleine était l’épouse du Christ. L’authenticité de ce texte est d’ailleurs discutée14.

C’est peu, pour une telle affirmation, d’autant qu’on voit mal comment les cathares pouvaient croire que Jésus avait pris femme, dans la mesure où d’innombrables textes montrent que leur religion refusait l’Incarnation de la foi nicénienne : selon eux le Christ n’était pas Dieu, et n’était pas un homme, mais une illusion, un leurre, sans besoin terrestre ; « il ne mangea ni ne but, et n’eut ni faim ni soif, mais se nourrit de sa propre grâce et de celle de son Père ». On se demande comment il aurait pu prendre femme15. Ces considérations pèsent peu pour M. Doumergue, car il importe de se brancher sur le courant du Da vinci et, entassant les uns sur les autres des arguments sans valeur, de prétendre que le culte de Marie de Magdala est « un élément central du catharisme ». Ainsi, il y a eu au xiiie siècle des cathares à Vézelay. Or l’église de Vézelay est consacrée à Marie-Madeleine. De plus, des franciscains (qui combattaient le catharisme) sont aussi venus s’y établir. N’est-ce pas une preuve ? De même, le tombeau, du moins selon la tradition, de Marie-Madeleine est retrouvé en 1279 près de Saint-Maximin. Or au même moment, on persécute les cathares. Voilà encore une « preuve » selon Christian Doumergue. On y installe ensuite les dominicains au mécontentement des moines de Saint-Victor qui seraient eux aussi des cryptocathares (au xve siècle !). Le but de ces tours de bateleurs est de laisser entendre que les cathares ont continué sept cents ans après la mort de la sainte en Provence, selon la pieuse légende, le culte de Madeleine, véritable successeur du Christ et porteuse de ses paroles cachées dont elle perpétue l’enseignement. Et de mélanger tous les divers courants du gnosticisme, qui n’était nullement une doctrine unifiée, mais un foisonnement d’écoles différentes, aux croyances opposées, aux morales incompatibles, aux textes sacrés divergents. L’essentiel est que l’on remplace dans un christianisme bouleversé le culte de la Vierge Marie, principe féminin exaltant la maternité sacrée, par une Marie-Madeleine fabriquée de toutes pièces, représentant la femme libre, chef de religion, successeur d’un Christ humain, trop humain, débarrassée de sa divinité. À grand renfort de textes falsifiés, comme l’Évangile « apocryphe » de Philippe, dont on extrapole le contenu incomplet, en prétendant que Jésus baisait Marie-Madeleine sur la bouche, alors que la fin de la phrase est lacunaire, ou l’Évangile de Marie, autre apocryphe. L’Évangile de Thomas (encore un apocryphe) représentant un autre courant opposé de la gnose, n’est évidemment que mentionné pour le nombre, car il contient des passages fortement anti-féministes. En vain pourra-t-on rétorquer que l’hérésie dualiste, si elle reprend certains traits de la gnose, n’en est nullement, en l’état de nos connaissances, la continuation, que les documents de la secte ne réservent nullement une place particulière à Marie-Madeleine, à la différence de Marie et de saint Jean ; mais à quoi bon ? Les cathares ne sont plus ici qu’un prétexte, le véhicule vidé de son sens véritable d’une tentative de normalisation du catholicisme, aligné sur les présupposés d’une modernité desséchante, et les manipulateurs qui en font leur œuvre se moquent bien de la science historique.

Texte mis en forme par Thierry Murcia, PhD, 2023

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Notes du sous-chapitre

13. Il est vrai que cette malheureuse commune de Rennes-le-Château connaît, depuis l’abbé Saunière, prêtre simoniaque et concubinaire, une tradition d’escroqueries de falsification. L’abbé Saunière avait en effet soutiré des sommes importantes à la comtesse de Chambord et à sa famille.

14. V. Montanarip, La Manifestatio heresis Catharorum attribuita a Bonaccorso Convegno di studi sulla Riforma e sui movimenti religiosi in Italia No 35, Torre Pellice, Italie 04/09/1995.

15. Interrogatoire de Pierre Maury par l’inquisiteur Fournier, t. III, p. 225. Selon Sacconi, un cathare de Concorezzo cité par Dondiane, p. 71, « ce fut un ange qui jamais vraiment ne mangea, ne but, ne souffrit, ne mourut, ne fut enseveli. Sa résurrection ne fut pas réelle. » cité par Duvernoy, op. cit. p. 85.

À PROPOS DE L’AUTEUR

Biographie de Pierre de Meuse

Docteur en Droit, et ancien élève de Science-Po, Pierre de Meuse a été professeur à l’École supérieure de Management. Passionné d’Histoire, il est l’auteur de plusieurs ouvrages de référence.

Article consultable et téléchargeable gratuitement sur Academia

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